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Sr Marie-Dosithée

 

Marie-Louise Guérin

On apprend beaucoup en lisant sa correspondance, mais c'est dans sa circulaire qu'on découvre de riches informations, à la fois sur elle et sur sa soeur Zélie, car la moitié du texte est consacré à sa vie avant d'entrer au couvent. La circulaire était destinée en premier lieu aux autres monastères de la Visitation ; a-t-elle été envoyée également à la famille ? Si oui, les filles Martin l'ont-elles lue ?

Marie-Louise Guérin est née à Saint Denis-sur-Sarthon, petit bourg de Normandie non loin d'Alençon. Très active et pétulante, la petite Louise fut bientôt l'aînée de trois enfants. Mme Guérin plaça la petite fille à Alençon dans une petite pension séculière, où l'enfant étudia avec ardeur; mais elle l'en retira après quelques mois, préférant la confier, ainsi que sa petite sœur Zélie, à la direction des Religieuses de l'Adoration perpétuelle jusqu'à ses 15 ans. Elle revient alors à la maison servir tout à la fois de bonne, de mère et d'institutrice au petit Isidore - rôle qu'elle assuma longtemps: il faut lire les lettres qu'elle écrit à Isidore lorsqu'il sera à Paris!

Mais avec les années se développe en elle le goût de la vie religieuse, désir si vif qu'elle se sentait prête à fuguer, comme Thérèse d'Avila enfant, pour entrer chez les Clarisses. Mais la mère de Marie-Louise avait plutôt décidé que ses filles apprendraient travailler à l'aiguille, et elle les poussait activement. Zélie y prit goût et déclara à sa mère qu'elle désirait ouvrir un atelier de dentelles. Le point d'Alençon occupait alors quantité des jeunes filles de la ville ; c'était la richesse industrielle du pays. Madame Guérin approuva le projet, mais à la condition que Marie-Louise prenne la responsabilité de l'entreprise. Et voilà les demoiselles Guérin montent leur petite entreprise: choisir leurs ouvrières, les mettre à l'œuvre, et bientôt apprendre à écouler un travail important. La vente: là était la difficulté dans une petite ville de province où peu de fortunes sont assez considérables pour acheter des dentelles de haut prix. Marie-Louise se décida courageusement à partir pour Paris, afin de proposer à quelque maison de commerce d'acheter ses dentelles. Ce fut difficile mais peu après, une grande maison de Paris s'engagea à traiter régulièrement avec les demoiselles Guérin.

Mais voilà qu'un premier accès de tuberculose écarte Marie-Louise de l'entreprise: elle prie et promet à Dieu de se faire religieuse si la guérison arrive. Parfaitement remise, elle entre à 29 ans à la Visitation du Mans, le 7 avril 1858, en déclarant: «Je viens ici pour être une Sainte ! » Elle s'y trouva bien, malgré les craintes de sa famille qui soupçonnait le contraire. Après une semaine, Madame Guérin, inquiète, surgit à la Visitation pour ramener sa fille à tout prix. Mais l'énergique Sœur Louise, affirmant que jamais son pied ne franchira la porte de clôture, met fin au combat maternel. L'heureuse postulante poursuit en paix son essai. Suivront de longues années fécondes dans la vie religieuse, en bonnes relations avec sa famille. Comme on le lit dans sa correspondance, elle veille sur les couples de son frère Isidore et de sa Soeur Zélie, se mêlant de beaucoup de choses avec conviction. Elle suit aussi de près de l'éducation de ses trois nièces à partir de 1868, d'abord Marie et Pauline, puis Léonie. 

La tuberculose reste à l'oeuvre, dans l'ombre. Chaque hiver voit reparaître chez Soeur Marie-Dosithée une toux opiniâtre, souvent accompagnée de fièvre et de crachements de sang. La dernière année, après quelques mois à l'infirmerie, elle meurt le 2 février 1877. 

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