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Sr Geneviève (Céline) à Jeanne La Néele - 17 août 1913

De Céline à Jeanne La Néele

   Jésus +                                                                   17 Août 1913

                           Ma petite Jeanne chérie,

   Ta petite lettre m'a fait plus de plaisir que n'importe quel cadeau parce qu'elle m'a redit que tu m'aimes et que nous ne sommes bien que de vraies petites soeurs.

Je n'ai pas du tout été surprise ni peinée que tu aies oublié le 6 Août. Ma fête est cachée comme la Face de Jésus. Tu sais qu'Il a dit : "Mon visage était comme caché". Cette parole me revient souvent à la mémoire pour me faire du bien, m'aider à supporter les luttes de la vie. Je pense que mon bien-aimé "n'a pas été reconnu" qu'Il a souffert pendant son passage ici-bas...

Petite soeur chérie, je suis contente que tu aies été voir Léonie. Depuis quelque temps elle nous inquiète. Un prêtre venant de Caen nous a dit : "qu'elle était découragée". Cette parole m'a rappelé des jours amers ceux où notre pauvre Léonie entrait et sortait des couvents. Je t'avoue que je prie le bon Dieu pour qu'il la prenne dans son beau ciel, j'ai peur de la vie... Nous sommes tous si faibles, si inconstants qu'on est capable de tout. Oui, j'ai soif de plus en plus de l'éternelle vie, là où tout est stable, tout est vrai. Ce n'est pas d'avoir une Sainte pour soeur qui nous préserve des malheurs. Le Vble Lammenais n'a jamais pu sauver son frère. Il n'y a qu'un seul bouclier qui vaut quelque chose c'est l'humilité, aussi je t'assure que c'est presque la seule grâce que je demande pour moi et pour ceux que j'aime.

   Pour les domestiques de Mr de R. ce serait malheureux de les perdre s'ils cherchaient ouvertement une place. Veux-tu qu'on en parle à Mme Morel ?

     Je t'embrasse petite Jeanne chérie, ainsi que Francis. Les dernières lettres avaient un cachet tout particulier d'intérêt et d'affection fraternels. C'est comme cela que l'on fait en famille. Merci mes chéris

Ta Céline

Sr Geneviève de Ste Thérèse

         r.c.i