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Sr Geneviève (Céline) à Francis et Jeanne La Néele - 28 septembre 1909

De Céline à Francis et Jeanne La Néele

Jésus +                                                                           28 7bre 09

               Ma chère petite Jeanne et mon cher Francis,

   C'est au milieu de mes larmes que je vous écris et je ne sais si je vais pouvoir achever cette lettre, car j'ai bien du mal à tenir ma plume.

   Mon cher oncle est donc parti grossir la phalange de notre famille chérie qui nous attend au ciel, nous pleurons nous autres mais comme ma Tante est heureuse et la petite Marie et Thérèse et Papa et Maman... Ah ! quel accueil il a dû avoir là-haut !...

   Tous ces jours et toutes les nuits je ne faisais que penser à lui et repassant dans ma mémoire tous ses bienfaits je le voyais précédé de toutes ses bonnes oeuvres et j'étais saintement fière. C'était l'Adoration nocturne, la petite lampe de la Ste Face qu'il a entretenue si longtemps à St Pierre , le journal dont il s'est occupé avec tant de dévouement au prix de son repos ; les écoles, les pauvres, et tous les déshérités orphelins ou veuves dont il gérait la fortune. Je me souviens encore des peines qu'il a eues avec Mme Renier, le P. Catel etc. etc. rien ne le lassait, rien ne le rebutait. Oh ! cher Saint comme il retrouve tout cela maintenant !

Puis le dévouement, l'affection paternelle qu'il a eue pour nous, pour Papa... enfin, on ne finirait pas si on voulait énumérer toutes ses bonnes oeuvres. Et voilà que l'heure de la récompense a sonné... et nous, nous voulions l'écarter...

   O ma Jeanne, o mon Francis que je vous ai aimés ces jours-ci, que je vous ai été unie, car vous nous représentez auprès de ce père tant aimé et si profondément chéri de mon coeur... Mais si vous pouviez savoir par quelle angoisse nous avons passé et combien est cruelle la règle à ces moments suprêmes. Non je reprends mon mot rien n'est cruel de ce qu'on fait pour le bon Dieu, mais c'est bien pénible parfois.

Mon frère et ma petite soeur, je voudrais vous consoler, mais j'aurais besoin d'être consolée moi-même et je ne sais comment faire... Vous pouvez toujours être certains que vous aurez en nous des soeurs tendres et dévouées dans toute la force du terme et vous, vous êtes maintenant toute notre famille ici-bas tout ce que nous aimons sur la terre...

Que le bon Dieu vous bénisse vous aussi dignes enfants d'un tel père, car vous avez été admirables dans votre dévouement en quittant Caen en venant auprès de lui et lui donnant tous les jours de nouvelles joies. Je vous embrasse de tout mon coeur. Votre pauvre petite soeur bien affligée

                                            Geneviève de Ste Thérèse, r.c.i.