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Sr Geneviève (Céline) à Isidore Guérin - 3 avril 1904

De Sr Geneviève à Mr Guérin

 

                                               J.M.J..                                       3 Avr. 04

+ Jésus

                             Mon petit oncle chéri,

   Quel joyeux alleluia de venir vous souhaiter votre fête, toute la Semaine Sainte, je m'en réjouissais et Pâques me semblait plus délicieux encore que de coutume.

   Dans le cadeau que vous offre votre petit Carmel, vous pouvez voir tout le coeur de votre petite Céline qui depuis longtemps attendait avec impatience le 4 avril pour que vous ayez en grand la reproduction de l'image qui vous plaît tant.

   Je vous avoue que cela me faisait de la peine que M. de Cornière la possède avant vous, car depuis longtemps déjà notre Mère la lui a offerte pour le remercier de son dévouement à la Communauté. Mais elle est encadrée avec un petit cadre de riquiqui, tandis que pour notre père chéri on a voulu tout ce qu'il y a de plus beau.

   Voilà pourquoi notre Mère avait eu la pensée de le lui donner. Mr de Cornière ayant vu à l'infirmerie une vieille photographie manquée que j'avais donnée à Sr S. Stanislas s'est extasié devant et vite on a profité de l'occasion pour lui donner un petit souvenir.

   Mais en voilà assez je ris de moi en considérant le sujet dans lequel je me suis engagée.

Mon oncle chéri, oui, j'aurais dû plutôt vous remercier de toutes vos bontés à notre égard et à mon égard, car vous m'avez comblée avec une tendresse qui m'a touchée. Au commencement du Carême c'était de la Pepsine que vous m'envoyiez laquelle après un simple traitement de dix jours m'a complètement remis l'estomac et moi qui avez des migraines tous les deux jours depuis trois mois j'ai fait mon carême avec une facilité étonnante bien mieux que l'année dernière.

   Et puis les beaux camélias ! nous avons eu un reposoir je crois que c'était le plus beau de la ville j'étais ravie, cette abondance nous a fait oublié notre pauvreté, nous avions un autel irréprochable. Mais combien j'ai regretté d'avoir demandé les gerbes de lys ! Je les croyais sous la main comme de mon temps, aussi après votre lettre mon coeur s'est fendu... j'ai couru au tour comme une affolée et je disais : je connais mon oncle il va quand même déballer les gerbes et je suppliais qu'on envoie bien vite dire que je n'en avais pas besoin. Devant mon désespoir la portière a eu pitié et aussitôt Sr M. de la Providence revenue du poisson elle a couru faire la commission.

   Mon petit oncle chéri, bien-aimé, je vous aime vous le savez bien... moi j'ai vécu avec vous...c'est un titre que personne ne peut m'enlever et des souvenirs que moi seule peux goûter... Bientôt de nouveau nous serons tous réunis et cette fois au complet. En attendant je ne cesse de demander au bon Dieu qu'il vous conserve toujours notre affection. Que ma petite Jeanne reprenne courage, je pense bien bien souvent à elle, devant le Tombeau de nuit du Jeudi Saint son souvenir ne me quittait pas. Je vous embrasse tous de tout mon coeur

           Votre petite fille

         Geneviève de Ste Thérèse

                 r.c.ind.