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Sr Geneviève (Céline) à Mère Agnès de Jésus - novembre 1906

De Sr Geneviève à Mère Agnès de Jésus

 

JMJT                                 Nov. 1906

Jésus +

   Ma petite Mère chérie, vous m'avez demandé de vous mettre par écrit ce que je vous disais une fois pendant le silence dans "la cour aux colimaçons". Cela ne va pas m'être difficile, car ma petite âme vit toujours dans les mêmes dispositions.

   C'était le jour de ma fête 6 août de cette année. Pendant mon action de grâces j'eus la pensée d'offrir au bon Dieu non seulement tout le mérite que j'avais eue à reproduire la Ste Face mais à me dépouiller de mon titre d'auteur en faveur des pauvres pécheurs. Jusqu'ici je l'avais fait pour toutes mes autres oeuvres, mais il me coûtait d'abandonner celle-là.

   Je demandai au bon Dieu ce qu'il pensait d'une telle offrande, si elle pouvait bien être agréable mais je ne sentais aucune inspiration. Alors je pris sur moi de la lui faire entièrement et sans aucune réserve. Je dis : "Mon Dieu je donne les mérites de ma Ste Face aux pécheurs, ainsi quand il s'en présentera quelqu'un à votre tribunal il aura droit de vous dire : "Mon Dieu c'est moi qui ai reproduit votre divin Visage et vous ai fait aimer de bien des coeurs. Prévoyant ce suprême appel à votre miséricorde vous lui accorderez à ses derniers moments des grâces spéciales qui lui vaudront le salut éternel."

   Je n'avais pas plutôt achevé cette offrande que je fus violemment tentée d'être saisie d'effroi devant l'acte que je venais de faire il me semblait que quelqu'un m'accusait et se riait de moi. Alors la scène de mon jugement se présenta pour ainsi dire à mes yeux, je me vis pauvre, si pauvre que mes mains étaient complètement vides puisque j'avais dépensé à mesure toutes le richesses que le bon Dieu m'avait lui-même données. J'étais un nouvel enfant prodigue et je pouvais m'attendre à recevoir quelque reproche. Mais loin de m'effrayer de mon extrême indigence je poussai la hardiesse jusqu'à me réjouir de n'avoir pas gagné la part de ciel que le bon Dieu me faisait parce que je trouvais plus doux de lui devoir que d'avoir mérité.

   A cet instant un fleuve de paix inonda mon âme il me semblait que j'allais défaillir tant la joie de la reconnaissance était vive....

   Oui, je ne veux point d'autre récompense que le sentiment de devoir tout au bon Dieu. Si j'avais gagné le ciel, Jésus en me récompensant ne ferait que me payer : je ne serais pas touchée ni lui non plus. En me donnant ce qu'il me doit, il n'aurait rien dans le coeur ni moi non plus... tandis qu'avec mon arrangement le bon Dieu sera si content de me faire des surprises que ce sera un échange de joies ineffables, moi je pleurerai... et le bon Dieu m'embrassera avec tendresse en me pressant sur son coeur.

Voilà ma petite Mère êtes-vous contente ? Votre petite Céline qui vous aime de tout son coeur et voudrait bien devenir une sainte... Geneviève de Ste Thérèse, r.c.i.