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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 28-29 juin 1914

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus                                         28-29 Juin 1914

Ma petite sœur chérie,

Cette fois je prends une grande feuille parce que j'ai beaucoup de choses à te dire et que je t'ai réservé un bon moment.

Nous avons eu des fêtes magnifiques, fêtes intimes mais qui n'en étaient que plus douces. Comme les cérémonies religieuses sont interdites pour une Introduction de Cause, nous avions choisi la fête du Sacré Coeur pour faire éclater notre allégresse. Cette solennité a donc été, cette année, célébrée princièrement chez nous. Monseigneur a célébré la messe et donné la bénédiction du soir, il était accompagné de tout le clergé de Lisieux et des environs, une trentaine de prêtres, lesquels avaient assisté avec Sa Grandeur à un banquet donné chez M. le Curé de St Jacques. La table était couverte de roses blanches, notre Mère avait fait les menus ornés d'un portrait de notre petite sainte. Jamais il n'y avait eu si belle réunion au dire de tous. Ensuite, ces Messieurs sont entrés dans la clôture pour faire leur pèlerinage aux lieux sanctifiés par notre ange. Ils sont partis enthousiasmés, ils en ont pour leur vie de ce souvenir. Monseigneur triomphait. A la réunion à la salle de communauté, sa Grandeur a adressé un mot aimable à tous les membres du Tribunal, à Monseigneur de Teil, Mgr Quirié, Dubosq et Deslandes présents. - Pour intéresser pieusement l'auditoire les novices ont récité la pièce en vers composée par Mère Sous-Prieure sur "la petite voie", enfin tout a été complet.

Notre Mère avait demandé à Monseigneur de ne pas nous désigner, Sr Marie du Sacré Coeur et moi, ainsi nous avons été tranquilles dans notre incognito. Cela se passait entre 3 et 5 heures. A la bénédiction, foule à la chapelle, l'orchestre de St Pierre s'est fait entendre comme à la messe du matin. Mgr a lui même prêché sur le Sacré Coeur. Ainsi les personnes présentes n'ont pas su le véritable motif de cette fête extraordinaire, elles l'ont attribuée sans doute à la présence de l'Evêque. Après la bénédiction, la maîtrise a exécuté le chant pour demander la béatification, puis Mgr a fait lui-même au pied de l'autel, la prière pour la Béatification.

A l'intérieur du monastère, tout était transformé, il y avait des guirlandes de verdure, des suspensions de roses, des tentures, des cordons de verres à illumination qui scintillaient au soleil comme des colliers de diamants.

Au réfectoire nous avons eu une fête extraordinaire, des nappes aux tables et couvert avec... fourchette ! un verre pour boire au lieu d'un godet etc. etc. Dans nos monastères du Carmel elles ont fêté aussi, plusieurs ont pavoisé leurs cloîtres, elles ont fait des processions portant en triomphe le grand portrait de Thérèse, lanternes vénitiennes au réfectoire etc.. mais ce n'était pas si beau que chez nous. Pour moi, je me trouvais transportée dans un autre monde, c'était comme une noce de gaieté, tout joug avait été enlevé de sur nos épaules Joug saint que nous avons été pourtant heureuses de reprendre ! Il y avait aussi des sentences dorées partout, mais je m'arrête je serais encore demain à toutes mes descriptions et il faut absolument que ma lettre commencée hier parte ce soir.

Mgr de Teil revenant de Rome nous a donné quelques instructions au sujet du nouveau procès. Cette fois ce sera le Procès sur les Vertus, il faudra prouver qu'elles ont été héroïques. La réputation de sainteté étant établie (c'est elle qui a amené l'Introduction de la Cause) elle tiendra beaucoup moins de place dans le prochain procès que dans le dernier. Un des points qu'il faut travailler et sur lequel nous serons questionnées ce sera de prouver que Thérèse n'était pas gâtée à la maison et que tout en portant le nom de "Petite Reine" elle n'était pas une petite idole, moi je ne serai pas embarrassée pour répondre.

Maintenant, avant de terminer cette longue lettre je voulais t'annoncer que tu allais recevoir la Vie pour les enfants. A ce sujet je dois te dire qu'il ne faut pas que tu la juges "en cherchant la petite bête" comme on dit, mais en voyant l'ensemble. Il est impossible que ces dessins à la plume soient irréprochables et malgré toute notre bonne volonté et nos retouches nous n'avons pu faire mieux. Rien n'est parfait sur la terre et nous voyons très bien les côtés défectueux qu'il nous faut supporter puisqu'on ne peut les empêcher. Il est donc absolument inutile que tu nous fasses des réflexions qui pourraient nous faire de la peine, sans nous servir, puisque nous ne pouvons pas mieux faire. L'auteur du livre, pourtant très sévère nous a dit que les images étaient de très bon goût et nos sœurs ici en sont ravies. Ce serait ridicule de chercher de la ressemblance dans des dessins à la plume. Il faut juger cela comme le font les étrangers et ne pas y chercher des portraits de famille.

A présent je vais te dire au revoir, ma petite Léonie, j'ai bien pensé au 3 Juin... Tu peux attendre une occasion pour renvoyer les plans.

Je t'embrasse de tout mon coeur, comme je t'aime, et tu sais comme c'est fort et profond. Mon affectueux respect à tes bonnes Mères

Sr Geneviève de Ste Thérèse

r.c.i.