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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 7 avril 1912

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

Jésus      Alleluia !

Pâques 7 Avril 1912.

Ma petite sœur chérie,

C'est à toi que je viens la première après ce long jeûne de 40 jours. Nous n'avons pas beaucoup de nouvelles à nous apprendre mutuellement, je veux parler des nouvelles du monde car pour les nouvelles spirituelles il y en a toujours beaucoup, le Saint Esprit agissant sans cesse en nous avec des variantes infinies, originales dont Lui seul a le secret.

Ces jours-ci j'étais toute remplie des mystères de la Passion qui se déroulaient sous nos yeux et ma propre douleur me fit penser à celle que durent éprouver la Ste Vierge, Ste Madeleine, St Jean. Alors, je compris que les sentiments que nous éprouvions les uns les autres étaient bien différents, Ste Madeleine ne regrettait pas N.S. comme St Jean ni St Jean comme Ste Madeleine, les nuances de leur douleur variaient suivant les rapports particuliers qu'ils avaient eus avec l'objet aimé. Oh ! alors quelle ne devait pas être l'abîme creusé dans le coeur de la Ste Vierge, elle qui l'avait vu naître, grandir, qui le connaissait à. fond, elle qui lui avait donné la vie, l'avait allaité, nourri du labeur de ses mains, cette plus intime connaissance était la mesure de sa douleur, car plus on connaît profondément plus on souffre profondément...

Considérant cette intimité qui existait entre le Coeur de Jésus et celui de Marie, je me pris à désirer d'être moi aussi la Mère de Jésus... je vais te dire des folies, mais tu vas me comprendre. Pourquoi serait-ce impossible puisque lui-même a dit que celui qui fait sa volonté est sa sœur, sa Mère ?... Il n'a rien dit qui ne soit vrai... Sa sœur, son épouse je le suis et il m'a fait goûter les charmes de cette union. Je puis le dire, en cela j'ai reçu le centuple promis à celui qui quitte tout et bien au delà du centuple ! Mais les joies sacrifiées de la maternité ne m'ont point été rendues... Pourtant Jésus s'est engagé à donner le centuple sur toute la ligne. O ma Léonie, si je ne les ai point eues ces joies, c'est que je n'ai pas encore été assez fidèle... Jésus m'offre d'être sa Mère, il veut bien être mon fils, mais il y a des conditions pour être mère...

Etre sœur être épouse suppose un amour réciproque, l'amour y exige d'être payé par l'Amour. Mais être mère, mère d'un petit enfant, c'est aimer avec dévouement, désintéressement c'est donner toujours sans recevoir, donner de sa substance, de ses forces, de sa vie. Et voilà ce qu'il me faut faire si je veux être Mère de Jésus... Oui, comme Marie je dois l'enfanter l'allaiter, travailler pour le nourrir, cela suppose de ma part une fidélité généreuse à toute épreuve, oui, mais... en retour se creuseront dans mon âme des abîmes de tendresse, de souvenirs, ce quelque chose qui est la famille et que rien ne peut remplacer. Alors autant comme c'est possible j'aimerai Jésus comme Marie l’a aimé et Lui m'aimera comme il aime sa Mère.

Ma petite Léonie, mon coeur est tout plein de ces pensées et je suis forcée de me priver de les approfondir parce que cela me fait trop à supporter et je pleure...

Oh ! que nous verrons de belles choses au Ciel que nous serons surprises de ce que Jésus nous réserve ! et des noms dont sa tendresse fera tressaillir nos cœurs !...

Petite sœur chérie, je t'embrasse de tout mon coeur... Je t'ai écrit avec une vieille plume toute grincheuse qui a voulu me faire payer la quarantaine qu'elle vient de subir, mais tu vas bien savoir me déchiffrer quand même...

Ta petite sœur

Geneviève de Ste Thérèse

r.c.i.

Mon respect affectueux à tes bonnes Mères. 

P.S.- Pour le S.C. je ne pourrais faire de meilleur portrait que la Ste Face, aussi je n'essaierai pas.