Imprimer

Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 4 juin 1911

 Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus                                4 Juin 1911

Ma petite sœur chérie,

Je te souhaite un bon anniversaire, j'ai bien pensé à toi hier, ma communion a été pour toi. Tu sais bien que je n'oublie jamais aucune de tes fêtes, aussi quand passe un de ces jours, tu peux toujours croire que je te suis unie de coeur.

Hier nous avons eu beaucoup d'émotion, notre cher ancien aumônier l’Abbé Chéné est mort à Louvain dans la clinique du docteur Denys (celui qui a inventé le sérum pour la tuberculose dont se sert Francis). Il y était depuis huit mois oùt le P. Prévost l'y avait envoyé en traitement. Mais la tuberculose étant localisée au larynx on n'a pu le sauver.

Nous n'avons pas encore reçu les détails de sa mort nous savons seulement qu'il a quitté la terre hier 5 Juin à midi en demandant les prières du Carmel. Il a fait l'édification de tout son entourage pendant sa longue maladie par sa piété, son esprit d'abnégation, sa douceur. Tu sais que nous lui avions beaucoup de reconnaissance, car il a puissamment aidé notre chère petite Mère dans des difficultés de communauté inextricables et délicates du temps de cette pauvre Mère Marie de Gonzague. Puis il s'était tant attaché à nous particulièrement qu'il était un frère par Thérèse, tu sais ce que cela veut dire car en étant ainsi notre frère il était en même temps le tien. Je t'en prie, fais des communions pour lui, donne lui des journées de bonnes œuvres pour t'unir à tes petites sœurs.

Je t'avoue cependant que nous le croyons au ciel. Hier soir l'office de la Pentecôte étant très long nous n'étions rentrées à nos cellules qu'à 11 heures. A 11 heures 1/4, j'eus besoin de sortir de notre cellule (1), le dortoir était dans une complète obscurité parce que la petite lampe ne marche plus et qu'on ne l'a pas encore remplacée. Je sortais donc assez précipitamment quand j'aperçois loin de moi d'une trentaine de pas une forme blanche comme une colonne elle était au milieu de l'obscurité et ne touchait ni les murs ni la terre. D'abord je n'y pris pas garde et poursuivais ma route en lui tournant le dos quand je sentis intérieurement une impression surnaturelle comme si on m'avait dit : fais donc attention à ce que tu viens de voir. Je me retourne et revois la vision lumineuse qui disparaissait et reparaissait pendant que je pensais intérieurement : c'est trop fort, est-ce que je rêve ? Alors pensant que peut-être c'était notre lanterne qui portait cette lumière je la projetai de droite et de gauche mais la nuée avait disparu et la lanterne ne donnait qu'une faible lumière autour de moi comme une lanterne ordinaire. Mais au même instant que s'évanouit la forme blanche, la partie du dortoir où je me trouvais se trouva embaumée de parfum exquis de fleurs.Comme les disciples d'Emmaüs lents à croire je n'y prêtai pas encore attention quand un quart d'heure après n'y pensant plus et passant par le même endroit je fus comme rappelée à moi par des effluves de parfum délicieux, ils étaient plus forts devant une certaine porte c'est celle de la salle d'archives (2) où nous ramassons toutes les reliques de Thérèse, les planches du cercueil, la palme trouvée dans son tombeau, et la croix de sa 1ère tombe si souvent visitée par notre pauvre petit père et frère quand il était à Lisieux. Etonnée je rentrais dans notre cellule quand en ouvrant la porte je la trouvais remplie d'une fine odeur d'encens. Puis ce fut tout, je me couchai et m'endormis bien consolée, mais je le fus davantage encore quand ce matin notre Mère n'hésita pas à croire que c'était comme le signe de sa béatitude que nous donnait Thérèse. Cette pauvre Marie se mit à pleurer, elle avait demandé avec instances un signe qu' il était heureux.

Enfin, ma Léonie, voilà mon histoire qui ne va guère t'intéresser parce que tu ne l'as pas connu. Maintenant une autre affaire. Sais-tu que notre chère petite Mère Sous-prieure (celle qui s'était présentée chez vous) un vrai trésor de vertus et d'intelligence, le bras droit de notre Mère, a craché le sang deux fois depuis huit jours : Nous avons été consternées cette pauvre petite Mère me faisait pitié (je veux dire notre Mère). Pour Mère sous-prieure voyant qu'elle va un peu mieux elle craint de manquer le train et pleure de chagrin. On est obligé de lui promettre qu'elle ne va pas se remettre, qu'elle va mourir d’ici trois mois à peine afin de la contenter. Enfin, le dernier mot de tout cela c'est que nous sommes bien affligées : on commençait à respirer un peu après la besogne écrasante du procès et en voilà une qui va mourir, laissant notre Mère bien en peine et peu secondée. Voilà la vie aussi je tends toujours le dos maintenant et je m'attends à n'avoir jamais un jour de tranquillité.

J'ai toujours un travail incessant. J'ai fait un joli portrait à l'huile de Thérèse (celui du Comt du livre) on est en train de le reproduire en couleur chez Desclée. Il est très bien réussi. Ces Messieurs en sont si fiers qu'ils ont demandé à le mettre dans leur revue du monde catholique qu'ils envoient à tous les prélats du monde. Mgr de Teil est ravi il m'a fait de grands compliments, jamais je n'en avais tant reçu, car mon oncle ne me gâtait pas sous le rapport de mes pauvres dessins et peintures. Enfin, cela ne m'en donne ni ne m’en ôte ce qui me fait vraiment plaisir c'est de voir le bon Dieu glorifié par notre Thérèse chérie.

Cette image est pour illustrer les nouveaux articles quand j'en aurai je t'en enverrai. Une autre affaire, nous sommes en train de composer une vie de Thérèse pour les enfants, prie bien afin que nous réussissions d'abord, et qu'ensuite on nous donne l'imprimatur de l'Evêché. Il faut que nous nous hâtions de faire ce que nous avons à faire, quand le Procès sera à Rome on ne pourra plus rien produire. J'ai aussi des dessins à faire et d'autres à finir ne m'oublie pas ma Léonie chérie, prie pour moi, j'ai une année bien chargée. Mon respect à tes bonnes Mères. Ta petite sœur qui t'embrasse de tout son coeur

Sr Geneviève de Ste Thérèse r.c.i 

PS. Les Buissonnets sont un petit palais. Il paraît que la famille Hassebroucq ira faire une retraite le 19 je crois. Seras-tu contente ? Ne te tourmente pas pourtant de ce que Mère Sous Prieure est malade, car nous sommes encore assez pour aider beaucoup notre chère petite Mère.

De la main de Sr Marie du Sacré Coeur :

Petite sœur chérie, c'est ton aînée qui vient te dire bonjour sur la lettre de Sr Geneviève, je ne t'écris pas aujourd'hui parce que j'ai beaucoup d'ouvrage à faire pour notre petite Thérèse. Moi aussi je pense à ton anniversaire. Bientôt nous fêterons toutes ensemble dans le beau ciel où s'en vont les uns après les autres ceux que nous aimons. Merci à ta bonne, Mère des brochures qu'elle nous a envoyées.

Notre petite Mère est toujours débordée de besogne et notre pauvre Mère sous-prieure qui lui était d'un si grand secours est tombée malade. Voilà comment le bon Dieu n'épargne pas la croix à ses amis.

M. du S.C.

de la main Mère Agnès de Jésus :

Bonjour ma petite sœur bien aimée, je t'envoie tout mon coeur....

Ta petite sœur et maman

Sr Agnès de Jésus

r.c.i.

(1) J'habitai alors la cellule de Thérèse "St Elisée.

(2) Antichambre de la cellule "St Jean Baptiste"