Imprimer

Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 26 janvier 1910

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus                       26 Janvier 1910

Ma petite sœur chérie,

Combien ta dernière lettre m'a été au coeur, elle était si pleine de tendre affection !... Oh ! si tu savais combien je me réjouis de te voir au ciel, je ne te donnerais pas pour tous les saints du paradis, tu es ma Léonie, ma petite sœur chérie et personne ne pourrait prendre ta place dans mon coeur... Et maintenant il faut que je te souhaite ta fête, tu sais avec quel coeur je le fais ; ma communion sera pour toi et je demanderai à Jésus de te rendre agréable à ses yeux. Entends-tu ? à ses yeux divins et pas aux tiens, c'est pourtant bien doux de se plaire à soi-même, mais ô douleur ! aussitôt qu'on commence à le faire on déplait incontinent au bon Dieu, ce qui n'est pas risible du tout ! Demande-lui la même chose pour moi et aussi la douceur et la patience par l'intercession du doux St. François de Sales. Dernièrement je me suis mise sous sa spéciale protection pour obtenir ces vertus, je l'ai pris pour mon maître, mon père, mon protecteur : je l'ai supplié de m'aider à me corriger de mon impétuosité naturelle qui me fait comme St. Paul faire le mal que je ne voudrais pas et omettre le bien que je voudrais. Je fais, paraît-il des progrès sous ce rapport mais la victoire n’est pas encore complète loin s'en faut. On dit communément : "dans sa peau mourra le renard" et je mourrai dans la mienne hélas ! je voudrais cependant bien la changer cette vieille peau rousse pour les petites bouclettes argentées de l'aimable agneau. Quand on aura envie de me tondre et quand je me laisserai faire je t'avertirai ; car ce sera le signe que ma toison est si chaude et si blanche qu'elle fait envie et qu'enfin j'ai acquis la douceur objet de mes rêves. Je devrais dire la patience ce serait plus exacte.

Mais toute cette dissertation ne va pas t'intéresser, je me hâte donc de te donner des nouvelles de notre nid. Nous avons fêté notre Mère, il y avait de jolis cadeaux, entre autres un magnifique ciboire que nous offre un prêtre ami de Thérèse. Ce ciboire a une valeur de 2000 fr., il a des émaux, des statuettes. Sa coupe est hexagone il est surmonté d'un clocheton gothique qui abrite une statuette du Sacré-Cœur. Ce ciboire a 46 cm de hauteur, il ressemble aux vases sacrés antiques, on représente quelques fois Ste Claire avec un objet de ce genre dans les mains.C'est un objet d’art mais il n’est pas très pratique. Le bon prêtre qui nous l'a offert nous donne en même temps un bel autel de bois sculpté pour remplacer celui envoyé en exil, car celui que nous avons, fait par Auguste, est honteux. Malheureusement le ciboire ne va pas dans le tabernacle, il s'en faut d'un centimètre. Nous ne lui avons pas dit. D'ailleurs notre Mère trouve dangereux de se servir souvent d’un aussi bel objet et quand on s'en servira on ne le mettra pas dans le tabernacle, les hosties qu'il contiendra seront déposées dans un de nos petits ciboires. Il nous donnera encore pour Pâques un calice orné de 36 pierres précieuses, ce sera bien plus beau que tout le reste. C'est à lui, mais il ne veut pas attendre sa mort pour nous le donner. Il prend des précautions, pour que le fisc n'ait rien à voir avec ces objets. Je suis bien contente de traiter notre Seigneur suivant sa dignité autant que le peuvent d'infimes vermisseaux comme nous. Maintenant sœur chérie je vais te dire au revoir sans doute pour longtemps à moins qu'on ne récrive un mot avant le carême. Quant à la lettre de 14 pages que tu me réclames je n'aie que celle-ci de 4 pages à t'envoyer je te disais : es-tu contente de la lettre de 14 pages que je t'ai envoyée ! car en effet je t'avais écrit 14 pages voilà quelques temps et comme ce n'est point mon habitude je voulais que tu les remarques. Maintenant petite sœur, je t'embrasse de tout coeur, avec ma tendresse que je ne saurais t'exprimer

Ta petite sœur

Geneviève de Ste-Thérèse

r.c.i. 

Embrasse pour moi tes bonnes Mères. Nous avons regretté que votre lettre du jour de l'an soit perdue mais ma Léonie vois-tu cela sent la terre il ne faut pas s'en étonner. Mais offrir ce sacrifice au bon Dieu c'est ce que nous avons toutes fait

C'est un religieux de Rome qui t'envoie cette bénédiction du St. Père. La photo est affreuse. J'ai ôté de l'enveloppe l'image très laide de Marie à cause du poids.

J'ai donné à notre Mère le portrait de Thérèse en 1ère communiante, c'est pour illustrer le livre qu'édite Bou­mard pour les enfants qui se préparent à leur 1ère Communion - livre de Thérèse.