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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 21 novembre 1908

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus       J.M .J.T.                  21 Novembre 1908

Ma petite sœur chérie,

Nous venons d'avoir notre grande retraite qui se terminait hier soir. Elle était prêchée par le R.P. Auriault de la Compagnie de Jésus. Je ne saurais te dire combien nous en sommes contentes. Jamais pour ma part je n'en ai entendu de pareille. Il faut vraiment que ce Père soit un Saint pour avoir une telle onction. Oh ! quelle intensité de vie intérieure. Je vous recommande ce Père-là quand vous pourrez l'avoir, car certainement il n'y en a pas beaucoup de sa valeur. Il reviendra chez nous dans deux ans. (N'en parle pas au P. Pichon si tu lui écris, car le pauvre Père n'a pas beaucoup plu l'année dernière et nous ne le reprendrons pas. Nous lui cachons que c'est un jésuite qui est venu cette année pour éviter de lui faire de la peine). Nous trouvons qu'il a beaucoup vieilli ce bon Père P. c'est probablement cela qui en est la cause, puis il a peut-être pris un genre qui va plus au caractère canadien qu'au nôtre, enfin que ce soit ce que ça voudra, ça y est  !

O ma Léonie, il me semble que définitivement je vais ne plus travailler qu'à devenir une Sainte, il est vraiment temps de s'occuper de cet unique nécessaire ou bien alors on ne commencera jamais.

Mais il faut que je te parle de la visite que nous avons reçue. Si tu savais comme j'ai été heureuse de voir une vraie Visitandine. Je ne me souvenais plus de l'habit, elle nous en a montré tous les détails. Qu'elle est donc simple et gentille cette petite Sœur .Elle nous a beaucoup plu, on aurait dit qu'elle n'avait qu'un souci : s'oublier pour nous faire plaisir, mais je lui ai revalu cela, car j'ai été cherché notre manteau afin qu'elle aussi voie l'Habit de la Carmélite dans son complet. Elle nous a donné de tes nouvelles, il paraît que tu pleures quelquefois, petite sœur chérie, et pour des riens encore ! car sûrement il n'y a pas de raisons pour verser des larmes quand on attend un tel bonheur que la vision de Dieu. Dire qu'à tout instant il y a possibilité que nos yeux s'ouvrent à cette merveille et laisser couler des larmes de ces mêmes yeux pour des petites misères de la terre. O petite sœur, il ne faut plus pleurer jamais.

Je n'ai pas vu M et Mme Besnard comme tu me l'avais annoncé, sans doute à cause de la retraite; quand ils viendront je les recevrai bien, mais pour nous et pour la gloire de Thérèse il vaudrait mieux écrire la relation parce que les grâces qui nous sont racontées de vive voix ou tombent dans l'oubli, ou ont beaucoup moins de valeur relevées par nous. Tu ferais bien de le dire à Melle Besnard (je ne sais pas son nom). A propos d'écriture, Mgr nous avait fait la même recommandation qu'à toi pour la déposition, mais il dit toujours cela pour laisser de la latitude et que la sœur qui dépose ne se croie pas obligée de montrer à la Prieure, comme aussi pour prévenir la Prieure qu'elle ne doit pas s'ingérer à vouloir connaître, mais libre à nous de montrer ou de ne pas montrer. C'est comme cela que nous l'avons entendu ici. Chaque Sœur a le double de sa déposition dont un exemplaire qu'elle garde dans son écritoire. Ne dis pas cela surtout afin que nous gardions notre liberté sur ce point.

Tu sais bien que si Thérèse est béatifiée il paraît que même dans l'Ordre le plus cloîtré les sœurs de l'heureuse Sainte vont à Rome accompagnées de leur Prieure pour la cérémonie de la Béatification. Ainsi tu iras si tu vis encore, mais j'aimerais mieux que nous nous rencontrions au Ciel ... Ne te fais pas de peine pour ton manuscrit, c'est un petit malheur. Marie va sans doute te donner des nouvelles du diable, mais nous ne sommes pas plus heureuses que toi dans les neuvaines qui se font chez nous, elle veut éprouver notre foi.

Je t'embrasse de tout mon coeur. Ta petite sœur qui t'aime.

Geneviève de Ste Thérèse r.c.i. 

Bien des choses à tes bonnes Mères. Je suis bien peinée que ta chère Mère Supérieure soit toujours malade. Embrasse-la pour moi.