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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 6 août 1908

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus        J.M .J.T.               6 Août 1908

Ma petite Léonie chérie,

Je te remercie de tout mon coeur de tes jolis petits bouquets de fête, la petite couronne m'a particulièrement beaucoup touchée, j'ai pensé que tu l'avais tressée pour moi. Ta lettre aussi, si affectueuse m'en a dit long à l'âme, mais je ne veux plus que tu fasses allusion au temps d' autrefois que pour t'en réjouir, car tu ne m'as jamais fait que de la joie et lorsque je te donnais au bon Dieu c'était de plein coeur puisque j'y voyais son appel. Il ne faut donc plus jamais revenir là-dessus. Ah ! si tu savais comme je t'aime et quels liens se sont formés entre nous pendant notre épreuve !...

Tu fais bien de me dire ta pensée sur les images, elle ne me fait pas de peine, au contraire, car si je critique les œuvres des autres, il ne faut pas croire que je trouve les miennes irréprochables, tout au contraire, la plupart du temps je ne puis pas les regarder et ce sont les autres qui jouissent du repas que je leur sers tandis que je reste là sans appétit à côté des mets. C'est triste, mais c'est comme cela, j'y suis habituée. Pour le tableau "du sommeil" le petit Jésus m'a toujours beaucoup plu, mais les autres personnages ne sont pas très bien surtout la Ste Vierge. Depuis ce tableau j'ai fait du progrès et je suis bien davantage maîtresse de mes expressions, cependant je ne la retoucherai pas cela me donnerait trop de mal, mieux vaudrait les recommencer et ils ne sont pas assez manqués pour ne pouvoir servir.

Vas-tu être contente ? nous t'avons préparé une surprise, c'est un paquet de tout ce qui est édité de Thérèse. Nous n'aurions pas les moyens de te donner tout cela, mais voici : mon oncle nous a donné à Marie et à moi un peu d'argent pour nos fêtes. Bien entendu ce n'est pas pour nous et nous n'avons aucun droit d'en disposer, mais notre Mère aime beaucoup quand il vient une aumône qui n'est point destinée aux provisions de la Communauté, s'en servir pour propager la vie de Thérèse. Sûre de nous faire plaisir elle a donc destiné cette aumône à cette fin et comme nous avons pensé que cela te ferait plaisir de donner toi-même, c'est par tes mains que se fera cette distribution. Tu en feras ce que tu voudras, j'ai mis l'adresse "personnelle" afin que tu fasses tes petits plans pour la fête de ta bonne Mère et que tu lui ménages des surprises. Je voudrais seulement qu'un des deux petits livres reliés de "Pensées" soit pour ton usage. Tu n'oublieras pas de fêter ta Mère de ma part et de l'embrasser pour moi, je lui garderai une éternelle reconnaissance des beaux livres qu'elle m'a donnés.

A propos du Sacré-Coeur, nous avons vu hier dans une revue romaine : Adoration Réparatrice, archiconfrérie du Coeur Eucharistique d'Août I908, adresse : chez les Pères Rédemptoristes Eglise St Joachim (Rome) ou dans la maison de la Congrégation, une nouvelle qui va vous causer de la peine si vous ne la connaissez déjà. La Sacré Congrégation des Rites a décrété qu'on ne couronnerait plus le Sacré Coeur. Mgr l'évêque de Nevers ayant demandé au Souverain pontife une bénédiction spéciale pour une solennité de couronnement qu'il préparait en a reçu cette réponse de Pie X (lettre autographe) : "Je regrette de ne pouvoir pas exaucer votre prière, la Sacré Congrégation des Rites ayant déclaré, ces derniers jours qu'il était inconvenant d'imposer des couronnes aux images du divin Coeur. Elle a seulement permis, si la piété populaire désire rendre ce tribut de dévotion, que la couronne soit déposée aux pieds de la statue". 9 juillet 1908, Pie X, pape

L'annale continue : "A la voix du Souverain Pontife précisant la question, nous constatons, en effet, qu'il est plus convenable de procéder à cette reconnaissance et à cette proclamation par l'offrande de la couronne que par son imposition. Le divin Sauveur a été couronné d'épines par ses bourreaux, Notre Seigneur Jésus Christ ressuscité, entrant triomphalement au ciel a été couronné de gloire par son Père. Il ne nous reste plus qu'à déposer de génération en génération nos hommages de sujets et de dévots serviteurs aux pieds de l'image du Roi immortel des siècles, en le priant d'abaisser ses regards bienveillants sur nos pauvres couronnes".

Cette nouvelle nous a fait de la peine à cause de vous, car depuis mon échec j'avais toujours eu le sentiment intime que Jésus ne voulait pas sur la terre d'autres couronnes que celle qu'il a choisie. J'avais senti cela pendant ma retraite de février 1907 et depuis j'avais abandonné complètement mon projet. Si tu as encore mes lettres relis celles de cette époque je me souviens t'avoir fait la confidence de la lumière intérieure que j'avais eue à ce sujet.

Néanmoins, cette conclusion est une vraie peine pour moi, car je désirais sincèrement me tromper. N’aie pas de peine, petite sœur chérie, le bon Dieu a ses desseins qui nous serons connus plus tard, desseins admirables qui combleront mon coeur de joie.

Je t'embrasse de toutes mes forces  .

Ta Céline  Geneviève de Ste Thérèse r.c.i. 

Je ne connais point d'autre explication aux indulgences de la couronne des 5 plaies que celle contenue sur le prospectus ci-joint. Je sais seulement que cette indulgence était autrefois très en vogue, surtout en Italie, on la gagnait en récitant un certain petit chapelet aujourd'hui peu usité. C'est la Ste Face qui a hérité de ces indulgences, mais d'après la parole de l'autographe Pie X aurait voulu donner davantage. Nous avons joint au paquet des prospectus afin qu'à l'occasion vous fassiez connaître Thérèse, soit que les sœurs en mettent dans leurs lettres soit que vous en semiez quelques uns en même temps et avec la propagande du Sacré-Cœur. Si cela vous gêne n'en faites rien, si cela vous sourit on vous en donnera d'autres.

Je te suis bien reconnaissante des remèdes que tu m'indiques pour mes pauvres talons, je les suis et eux seuls me soulagent ausi je ne vais pas pire à cause de toi, oui ma tendre petite sœur, c'est toi seule qui est venue à mon secours efficacement dans cette indisposition qui pour être peu connue, n'en est pas moins douloureuse.

Surtout ne te fais pas de peine pour le Sacré-Coeur son règne arrivera quand même. Je suis comme toi le S.C. de la petite bergère est moins laid que bien d'autres, parce qu'il a un air assez profond. Cependant nous en aurons un : celui de Muller (celui de marraine) qui manque de distinction, de majesté, par conséquent de divin mais qui a un éclair de génie dans le visage, ce dont est dépourvu le "pauvre mouton bonace !..." Pardon de ma malice !