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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 27 février 1908

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+Jésus             J.M.J.T.                    27 Février 1908

Ma petite sœur chérie,

Je viens te dire adieu avant le Carême, eh quoi ! nous n'avons rien reçu de toi depuis l'envoi du beau livre de la nouvelle édition; il est vrai que tu nous as envoyé un petit mot, mais si court que nous n'avons rien su de tes impressions, c'est que nous attachons une grande valeur aux appréciations de notre chère Visitation et "petite Mère" s'était donné tant de mal à préparer cette nouvelle édition que je désire beaucoup qu'elle en recueille les fruits, car elle les mérite. Pauvre petite Mère ! ah ! si tu savais, ma Léonie combien un livre comme celui-là donne du mal à faire, il faut y avoir passé pour le savoir, sacrifices de repos, de temps, d'argent, déboires de toutes sortes, anxiétés etc. etc. mais toutes ces épreuves sont le grain jeté en terre destiné à rapporter cent pour un. Oh! nous la désirons tant la gloire de Dieu que nous n'épargnons rien pour la lui procurer, rien rien... Son amour est entré si avant dans nos cœurs

Je sors de retraite, car Lundi 24 était l'anniversaire de ma Profession, le 12e y penses-tu ? Jésus m'y a dit bien des petites choses et moi j'ai senti qu'il était si bon que je ne voulais plus rien lui refuser, ce n'est pas la peine d'être entrée en religion pour marchander notre perfection en refusant les sacrifices. Le bon Curé d’Ars dit : "Il faut demander l'amour des Croix, alors elles deviennent douces", eh bien c'est ce que je fais, je m'exerce à rechercher la souffrance, à me mortifier, à choisir ce qui me coûte le plus, le bon Dieu, sans doute, me fera aimer cette part, un jour ou l'autre. Et je trouve que lorsqu'on agit ainsi bravement on a beaucoup plus de courage. Oui, il faut mener notre âme tambour battant, lui chanter des refrains guerriers et pleins d'entrain, comme cela elle court beaucoup mieux dans la voie de la souffrance. Qu’arriverait-il si, au lieu d'animer les soldats à la bataille par des trompettes et des marches guerrières, on établissait un orchestre de pleureuses qui feraient entendre des sons lamentables ? Les pauvres soldats qui courent déjà au sacrifice, peut-être à la mort, seraient tous démoralisés. Aussi moi j'ai pris la résolution de souffrir gaiement me souvenant que Thérèse l'a fait et qu'elle nous disait après le Saint Roi David : "que le Seigneur aime ceux qui donnent avec joie".

Maintenant, ma petite sœur chérie, j'ai quelque chose à te demander, rappelle bien tes souvenirs. Quand est-ce Thérèse a-t-elle été reçue Enfant de Marie ? quelle date ? quelle année ? Est-ce à l'Abbaye où à St Pierre ? Je croyais que c'était à l'Abbaye, on y a fait une enquête et personne ne trouve son nom sur les Registres. Mr. l’Abbe Domin est désolé, il est venu hier, croyant que j'allais le renseigner, je lui ai dit que je ne me souvenais que d'une chose, c'était que Léonie lui avait donné sa médaille et son ruban, ce qui était un signe qu'elle avait dû être réellement reçue dans l'Association. C'est ton nom sans doute qui est inscrit sur cette médaille ? Réponds-nous à ce sujet avant le Carême, même si ta lettre est faite et partie, car cette enquête se fait au nom de Mgr et nous n'avons plus que toi à interroger sur ce sujet.

Je t'embrasse ma petite sœur chérie de toutes les forces de mon coeur.

Ta Céline, ta petite compagne

Geneviève de Ste Thérèse r c i.