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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 28 novembre 1907

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+Jésus            J.M.J.T.                     28 Novembre 1907

Ma petite sœur chérie,

Voilà encore que nous nous disons adieu une fois avant l’Avent. Les années passent vite et nous rapprochent de la bienheureuse éternité, quelle joie ! je ne puis y penser sans tressaillir de bonheur.

Tu sais bien quels instincts de fière indépendance sont l'apanage de ta Céline et l'autre jour j'avais comme envie d'être libre. Alors j'ai pensé tout-à-coup que j'étais souveraine maîtresse de quelque chose. Ce quelque chose c'est moi-même. J'ai à moi des pieds, des mains, une langue, un cerveau, un coeur. Cet ensemble forme une machine parfaite que je puis employer comme bon me semble. Il est vrai que je l'ai déjà donnée à Jésus, mais par mes trois vœux, je n'ai fait pour ainsi dire que lancer mon vaisseau vers la haute mer. Bien que je sois dans la voie, il me reste encore beaucoup à faire, je dois veiller toujours et diriger sans cesse ma nacelle. L'abandonner serait folie. Ce travail c'est moi seule qui dois l'ac complir et qui peut l'accomplir. "Chacun est libre de faire peu ou beaucoup pour Jésus". - O petite sœur, que je suis heureuse de penser que je suis libre et que je puis consacrer tout mon être à Jésus à chaque instant. Non je ne veux plus faire un seul pas pour me satisfaire, je ne veux plus travailler de mes mains avec des vues tant soit peu humaines. Je ne veux plus blesser la charité ni en paroles ni en pensées, je ne veux plus me servir de mon coeur que pour aimer Jésus et trouver bien tout ce qu'il fait. Je ne veux plus me plaindre de rien sur la terre.

Tout-à-l'heure nous lisons au réfectoire la vie de la Bse Mère Chappuis, cela trouve écho dans mon coeur... C'est bien téméraire de dire cela, mais je crois que son âme et les nôtres sont un peu sœurs. Avant la vie de cette sainte  Mère nous avons lu celle de la sœur Rémusat. Le soir, dans la vie des Saints nous en sommes à la biographie sur la Bse Marguerite-Marie, donc le matin et le soir : lecture toute Visitandine. Et je t'assure que nous en sommes bien édifiées.

Comme tu le sais nous avons eu la retraite donnée par le P. Pichon, j'étais toute heureuse de le revoir ou plutôt de faire sa connaissance, car je le connaissais plutôt par correspondances que par direction au confessionnal. Il m'a demandé qu'est-ce qui nous avait donné cette jolie plaque qui orne la porte de notre tabernacle et moi toute fière, je lui ai dit qu'elle nous venait du monastère de la Visitation de Caen. Merci encore à tes bonnes Mères de nous avoir fait tant de plaisir. Hélas ! moi j'en aurais eu tant à leur offrir le Sacré-Cœur roi, je ne puis m'en consoler...

Je t'enverrai pour Noël la Vierge-Mère que j'ai définitivement corrigée, on la trouve très bien maintenant, je t'enverrai aussi des tableaux de Thérèse que j'ai corrigés également (on ne sait pas cela chez mon oncle).

Nous venons d'avoir l'imprimatur de Mgr pour la prière ci-jointe à l'occasion de la Cause de notre Thérèse.

Prie bien pour nous, car nous avons de grandes épreuves à ce sujet (Mgr et nous ne nous entendons pas sur le choix du Postulateur.... mais cela pour toi seule.)

Je t'embrasse petite sœur chérie, et je t'aime de tout mon coeur.

Ta petite sœur,

Geneviève de Ste-Thérèse r.c.i. 

Vendredi. - Nous venons de recevoir ta lettre, oh ! qu'elle m'a fait plaisir !... La lettre de ton petit frère est très bien, je remercie Thérèse de te l'avoir envoyé. Merci des remèdes pour les talons, remercie beaucoup tes bonnes Mères et embrasse-les bien fort pour moi, car je les aime beaucoup. Avec notre chère Visitation nous sommes tout à fait en famille... Pour ta petite déposition ne te tracasses pas, rappelle-toi simplement tes souvenirs comme si tu écrivais une lettre en parlant de ta petite sœur. Moi je crains bien d'avoir tout un volume et encore sans remplissage, rien que des faits. On peut parler de son esprit de foi, de son désir de la Ste Com., citer à l'appui le fait de vaincre sa timidité jusqu'à vouloir arrêter Mgr Hugonin dans la rue pour lui demander de faire sa 1ère Com. un an plus tôt, son maintien à l'Eglise, son admiration pour les pompes religieuses et la liturgie. Puis son espérance en Dieu invincible, son parfait abandon ensuite sa charité envers Dieu, son amour qui se traduisait en toutes choses. Puis sa charité envers le prochain.

Après les vertus théologales, il y a les vertus cardinales : la Prudence, la Force, la Tempérance.

On parle de sa possession d'elle-même étant toute petite, son rare bon sens, sa mortification intérieure et extérieure. Ce sont des faits qu'il faut surtout et des paroles. Rappelle bien tous tes souvenirs et ils abonderont dans ta mémoire j'en suis certaine. Notre petite Thérèse a été vertueuse en toutes choses.

Rappelle-toi sa confirmation. Il ne faudra pas omettre non plus de dire qu'elle te demandait un cahier de deux sous pour écrire son manuscrit : c'est une preuve de sa grande pauvreté et de sa modestie ; aucun détail n'est à dédaigner puisque la vertu se prouve par les toutes petites choses.