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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 30 novembre 1906

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+Jésus J.M.J.T.                                           30 Novembre 1906

Ma chère petite sœur,

Sr Marie du Sacré Coeur t'a dit paraît-il, adieu jusqu'à Noël, mais moi je tiens à venir t'embrasser et te donner de nos nouvelles.

Il paraît que tu te tracasses au sujet de ma santé, je ne suis pas malade du tout, c'est la pure vérité. J'ai bien été un peu fatiguée de l'estomac, mais cette indisposition tend à disparaître. Je suis comme les serpents, après leur repas ils sont assoupis et je fais de même. Aussi je ne travaille bien que lorsque je suis à jeun, tu vois c'est tout à fait Carmélitain ! Si je pouvais vivre sans manger je me porterais comme un charme et ce serait tout à fait céleste ce qui vaudrait encore mieux.

Mesdemoiselles de la Tour-d'Auvergne sont allées te voir et sont revenues enchantées de leur visite, tu leur plais beaucoup. Ces jeunes filles sont charmantes sous tous rapports, elles se font aimer partout où elles passent elles sont si délicates si bien élevées, si simples. Celle que nous possédons, Edmée ne leur cède en rien c'est un bijou, aimante, douce avec cela d'une grâce ravissante.

Nous attendons encore deux postulantes l'une suissesse, l'autre des Basses-Pyrénées. Nous avons bien besoin de sujets nous avons des malades ou pour mieux dire des sœurs patraques et les emplois souffrent, la psalmodie aussi. Tout à l'heure il faut tant de soulagements à celle-ci à celle-là que ce n'est pas rare d'être, le soir à l'office de Matines, trois ou quatre de chaque côté.

Tes trois petites sœurs sont toujours des piliers de règle, s'il y a quelques petits accrocs ils ne sont ni longs ni réitérés. Mais, en général ce qui nous éprouve en ce moment ce sont les santés, et c'est la santé que nous désirons spécialement dans les sujets qui doivent nous arriver.

Petite sœur chérie, prie pour moi afin que j'aie bientôt achevé le travail qui m'occupe en ce moment. Plus je l'aurai fini vite, plus je recommencerai vite mon cher Sacré Coeur. Tout en y travaillant pas je m'en occupe quand même. Je suis en train de fabriquer une grande robe vaste qui servira à habiller un modèle. Une artiste très distinguée que je consulte quelquefois va me faire un croquis de ce que je désire comme pose. Avec cela j'espère que j'arriverai.

Ma petite Léonie, si tu savais combien je t'aime et comme j'aurais été heureuse de te faire plaisir en te donnant le Sacré Coeur cet été, mais le bon Dieu ne l'a pas voulu.

Nous venons d'avoir notre retraite annuelle, elle était prêchée par notre si Saint Aumônier. Une retraite magnifique. Puis il nous connaît toutes si à fond qu'il faisait avant chaque instruction des gloses appropriées à tous nos besoins spirituels, je t'assure qu'il a tapé sur nos défauts et si nous ne sommes pas des saintes cela ne sera pas de sa faute. Toute la Communauté est d'une ferveur incroyable et je me figure que le bon Dieu est bien consolé dans notre petit parterre.

La Ste Face fait toujours florès partout, on attribue même des grâces à l'attouchement de l'image, c'est merveilleux.

Nous t'embrassons toutes les trois ma petite sœur chérie mais en particulier ta petite Céline qui t'aime tant

Geneviève de Ste Thérèse

r.c.i. 

Rappelle-nous au bon souvenir de tes Rdes Mères. C'est le Carmel de Lisieux qui fait éditer ce joli feuillet. C'est notre chère petite Mère qui a fait cette admirable poésie pendant sa retraite de cet été, en réponse à une infâme poésie imprimée qui lancée partout, même dans les écoles de jeunes filles faisait un mal considérable. Cette poésie était faite de main de maître, l'auteur y accuse Dieu de tous les fléaux et de tous les maux qui sont sur cette terre.