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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 30 novembre 1905

Sr Geneviève de le Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus J.M .J.T. 30 Novembre 1905

Ma petite sœur chérie,

Voici mon petit adieu avant Noël, puis nous nous récrirons et ce sera pour entrer dans une nouvelle année. En attendant préparons-nous bien à la naissance du cher petit Enfant Jésus .Pour moi j'aurai à lui offrir bien des fatigues et des sacrifices il croît plus de ces fleurs-là dans mon jardin que les fleurs écloses dans la sublimité de l'oraison. Mais pourvu que le bon Dieu soit content tout va bien.

Il y a quinze jours environ un dimanche que le St Sacrement était exposé à l'oratoire et que moi je travaillais à mes dessins avec une opiniâtreté doublée par l’urgence du travail, ce jour-là donc j'étais bien triste de ne pas avoir été prié mon Jésus autant que je l’aurais désiré. Je considérais les autres qui avaient le temps de faire oraison, la tête dans leurs mains et moi je me désolais de ma vie si pénible. Le soir je confiai cette angoisse au bon Dieu lui demandant s'il était content de moi, lorsque lisant au hasard dans notre Evangile je tombais sur le passage où il est raconté que Notre Seigneur envoya ses disciples détacher le petit ânon leur recommandant de dire à ceux qui oseraient demander raison de cette conduite que "c'était parce que le Seigneur en avait besoin". Alors j'ai pensé que j'étais l'ânon du bon Dieu, notre Mère me détache d'avec mes compagnes parce que le "Seigneur a besoin de moi". Mais je n'y perdrais rien et ma vie spirituelle n'en sera pas atteinte, car il est encore raconté que les apôtres mirent leurs vêtements sur l'ânon qui servit ensuite à porter Jésus. Ainsi au dernier jour de ma pauvre vie et même dès à présent, les saints me couvrent de leurs mérites et moi, petit ânon de Jésus je suis bien heureuse de travailler pour sa gloire, de lui prêter tout mon être de tout lui sacrifier. Ah ! si je pouvais le porter au bout du monde, le faire aimer de tous les cœurs, je ne craindrais aucune fatigue ! Oui, je suis heureuse que ma vie soit toute dépensée pour lui. Le jour de l'examen canonique qui précède la Profession, lorsque le Père supérieur me demanda pourquoi j'étais venue au Carmel, je répondis que "Notre Seigneur ayant donné sa vie pour moi, je voulais lui donner la mienne..." et je ne me repens pas de ce don de ma vie que je veux toujours lui faire de plus en plus. J'ai remarqué que dans le St Evangile N.S.dit "qu'il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. "Il ne dit pas verser son sang, mais donner sa vie. Et nous, quoique nous ne pouvons pas verser notre sang nous pouvons comme la Ste Vierge nous lui donnons notre vie.

Petite sœur chérie, je ne sais pas dans quelle conversation je me suis engagée, pardonne-moi de ne pas t'avoir parlé de toi, de ne t'avoir entretenue que de moi.

J'ai écrit au P. Prévost à Rome qui va m'obtenir du St Père un mot écrit de sa main pour bénir et louer ma chère Ste Face. Les Cardinaux auxquels le Père l'a montrée étaient très émus et ne pouvaient se lasser de la contempler.

Je t'embrasse de tout mon coeur, comme je t'aime. Ta petite Céline, ta petite compagne d'infortune

Geneviève de Ste Thérèse

r.c.i.