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Sr Geneviève (Céline) à Sr Françoise Thérèse - 30 décembre 1904

Sr Geneviève de la Ste Face à sa sœur Françoise Thérèse

+ Jésus J.M.J.T. 30 Décembre 1904

Ma petite sœur chérie,

Moi qui te promets toujours de longues lettres je crois bien que cette fois encore elle ne sera pas aussi remplie et aussi serrée que je le voudrais. Mon oncle m'appelle: "Monsieur le Ministre" et lorsqu'il veut avoir quelque nouvelle il s'adresse à ma Sœur Marie du Sacré Coeur, car il n'ose pas déranger le Ministre !

Tu vois quelle réputation j'ai. Enfin je la supporte pour l'amour du bon Dieu et je fais l'expérience tous les jours de ce que me disait Thérèse: que lorsqu'on sait la peinture en communauté, c'est une source de sacrifices et de toutes sortes.

Tu sais que je fais un ornement moyen-âge ayant 28 sujets en médaillons. Sur la chasuble c'est la vie de Notre Seigneur que je compose bien entendu. L'étole et le manipule ont le portrait des quatre évangélistes. La Bourse représente le Sacré Coeur qui pardonne à la France. Celle-ci est enchaînée à ses pieds et lui est présentée par la Sainte Vierge. Enfin le voile du calice représente une scène du Carmel, les armes de notre Ordre y sont brodées. Dans le médaillon on voit Thérèse qui présente un rouleau sur lequel est écrit : "Je veux passer mon ciel à faire du bien sur la terre". La Sainte Vierge se penche et prend en souriant le rouleau et l'Enfant Jésus qui est sur ses genoux se précipite aussi pour l'attraper, l'une de ses petites mains est donc tendue dans le vide, tandis que l'autre laisse tomber une pluie de fleurs dans le pan du manteau de Thérèse que lui présente un ange, et de là elles tombent sur la terre. Puis en côté on aperçoit beaucoup de petits chérubins l'un est bien affairé à lire un livre sur lequel est écrit : "Thérèse de l'Enfant Jésus", d'autres se jouent avec des lys, des couronnes et sceptres.

J'avais réservé ce sujet pour la fête de notre Mère, car elle l'ignore et je te prie de ne pas en parler dans ta lettre, mais on ne la fêtera pas le 21 [janvier] à cause de notre deuil ce sera remis pour le bon Pasteur. Cependant j'ai bien envie de lui donner cela je ne pourrai pas attendre plus longtemps. Tu vois, ma petite sœur chérie, si j'ai de l'ouvrage aussi avec mon emploi, je ne sais plus où donner de la tête. Je crois bien que je mettrai 3 ans à peindre cet ornement, aussi je n'en puis plus et je crois bien que pour 10.000 frs je n'en entreprendrais pas un pareil. Ce n'est pas seulement son temps que l'on donne pour un tel travail c'est la vie, tellement c'est difficile.

Je t'envoie une photographie de la Ste Vierge mais notre Mère ne l'aime pas aussi je la retoucherai, elle ne lui trouve pas l'air assez jeune, c'est à cause de ma malheureuse idée de l’avoir voulu faire ressembler à la Ste Face. Mais comme je te l'avais promis pour Noël, je te l'envoie quand même. Petite sœur chérie, pardonne mon affreux griffonnage écrit très à la hâte, pardonne-moi aussi de ne t'avoir pas parlé piété et mysticité, je ne m'y connais guère je ne sais qu'une chose c'est aimer mon Jésus et désirer l'aimer, c'est aussi soupirer après la Patrie.

En attendant ce jour heureux où nous serons réunies là-haut, je te souhaite une bonne année à toi et à tes excellentes Mères auxquelles je te prie d'offrir mon respect.

Ta petite sœur qui t'embrasse bien fort,

Geneviève de Ste Thérèse r.c.i.