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Sr Marie du Sacré Coeur à Sr Françoise Thérèse - 28 octobre 1922

 Sœur Marie du Sacré Cœur à Sr Françoise Thérèse                                          

+ Jésus                                                                  Carmel de Lisieux 28 Octobre 1922

 

Ma petite sœur chérie,

Je sens que tu attends une lettre avec impatience, car tu es habituée à être gâtée et il y a juste un mois que notre Mère t'écrivait, cette fois-ci, c'est moi qui viens sans aucune nouvelle intéressante, seulement pour te dire que nous pensons à toi bien souvent et que nous vivons dans la plus grande union de coeur et d’âmes avec notre petite Visitandine.

Si je ne t’ai pas prévenue que Sr Aime de Jésus faisait son Jubilé, c'est parce que Sr M. de la Trinité m'avait assuré qu'elle l'avait dit à Sr Marguerite Agnès et que certainement tu devais le savoir. Mais comme tout est présent aux yeux du bon Dieu les prières que tu as faites pour elle après sa fête sont comme si elles avaient été faites le jour même de sa fête.

Nous commençons à respirer un peu et à voir arriver la fin de nos tribulations au sujet des travaux. La chapelle est pour ainsi dire prête, il n'y a plus que des détails à achever et de grands nettoyages à faire. On a posé hier une grande grille en fer devant la chapelle de la châsse. Dans 6 semaines je crois nous recevrons la châsse. Tu vois que tout s'achève petit à petit, enfin nous y voyons clair à présent et nous sommes sûres d'être prêtes. Nous avons fini avec M. Tardy ce qui est une grosse affaire car nous en avons eu des ennuis avec lui! Enfin tout cela est passé, tout passe sur la terre, les peines comme les joies. Tout y est transitoire, c'est pourquoi il ne faut pas trop s'affliger de ses maux ni s'appuyer sur ses joies, mais il faut s'appuyer seulement sur Celui qui ne nous manquera jamais et qui est Lui-même la source de toute joie, l'Océan infini de tous les biens.

Nous avons reçu hier des nouvelles de Sr Jeanne de l'Eucharistie, elle nous écrit de Saigon, elle a passé deux jours au Carmel où de là elle va se rendre au Cambodge. La Mère Prieure l'a reçue à bras ouverts et aurait bien voulu la garder au milieu de ses annamites dont elle ne peut comprendre le langage. Il lui faudra apprendre la langue ce qui n'est pas chose facile. Mais rien ne l'effraie, pourtant il y a des serpents qui de temps en temps se promènent sous les cloîtres et des moustiques qui les dévorent la nuit (pas les serpents mais les pauvres sœurs...) Il paraît que les annamites s'entendent parfaitement à tuer les serpents... Elle nous dit qu'elle a mangé une portion de tortue et que souvent aussi on fait cuire du crocodile que tout cela est excellent. Point d'hiver dans ce pays, il y a des fruits variés en toute saison, ce n'est pourtant pas le pays de mes rêves !!! La chaleur y est très grande etc. etc.

Adieu ma petite sœur chérie, remercions le bon Dieu de nous garder dans notre oasis, rien ne lui est comparable ici-bas.

Ton aînée qui t'aime tendrement et t'embrasse pour trois.

Le tritoma est au soleil, sans doute que lui, regrette sa terre natale, puisqu'il ne veut pas nous montrer ses fleurs.

Respects affectueux à ta bonne Mère.

lettre pas signée