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Sr Marie de l'Eucharistie à son père - 3 juillet 1898

                 Marie Guérin à son Père

                                                                                 3 Juillet 1898

                                                                          

… Puisque les récits des petites grâces obtenues par notre petit ange te font plaisir, je vais t’en raconter une qui m’est arrivée cet hiver et que je ne t’avais pas dite.

Un jour qu’il faisait un très grand froid, vers 5 heures du soir, j’avais les pieds glacés que c’était à peine si je pouvais marcher, je ne les sentais plus.

   Il faut que je te dise avant, pour l’éclaircissement de mon histoire : 1° que les semelles de nos alpargates étant en corde, prennent très facilement l’humidité et que l’on est obligé de les faire sécher sur une chaufferette, mais la chaufferette chauffe simplement les alpargates lorsqu’on n’a pas les pieds dedans, l’usage des chaufferettes pour se chauffer les pieds étant interdit au Carmel ;

2° second éclaircissement : A ce moment, je saignais fréquemment du nez, et notre Mère m’avait obligée de mettre de temps en temps des alpargates chaudes, mais depuis quelques jours, les saignements de nez paraissant terminés, je trouvais l’obligation suspendue aussi. Donc ce soir-là, mes alpargates étant à sécher, je pouvais sans pécher les mettre bien chaudes puisque j’en avais la permission, mais je préférai en faire la mortification, je me disais : Si ma petite Thérèse était là, que me dirait-elle ? Oh ! sa réponse serait catégorique, elle voudrait

que je change mes alpargates pour en prendre de chaudes, parce que pour ses petites novices , elle était toujours remplie de tendresse et les empêchait bien souvent de souffrir. Mais à ma place aussi, qu’aurait-elle fait ? Ah ! la petite coquine elle aurait sauté sur ce moyen pour se mortifier et serait restée les pieds glacés par amour pour le bon Dieu. Alors, je m’adressai à elle et je lui dis : Puisque tu aurais fait cela je puis le faire aussi, il ne fallait pas nous donner l’exemple si tu ne veux pas qu’on le suive. Ma résolution était donc prise ; heureuse de donner quelque chose au bon Dieu, je passai en chantant devant l’appartement où chauffaient nos alpargates. A peine avais-je passé la porte, de l’appartement, crac… voilà, je sens quelque chose craquer à l’une de nos alpargates, je regarde… c’était irracommodable sur le moment, il m’était impossible de continuer à marcher avec ces alpargates-là. Je fus donc obligée d’aller mettre des alpargates bien chaudes puisque je n’en avais plus d’autres.

   Le bon Dieu a quelquefois de ces petites délicatesses quand on se prive pour Lui. Je reconnaissais un des tours de ma petite Thérèse ; c’était ainsi souvent qu’elle agissait, elle nous laissait faire ainsi de bon gré nos sacrifices, puis trouvait toujours quelque moyen pour les diminuer lorsqu’ils étaient pleinement acceptés…