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Les petits enfants du Ciel

Les Martin perdront 4 enfants en bas-âge, et les Guérin un à la naissance.

Hélène

Joseph-Louis

J. Jean-Baptiste

Mélanie-Thérèse

Paul

Helene JosephLouis JosephJB MelanieTH Paul

Née le 13 octobre 1864

décédée le 22 février 1870

Né le 20 septembre 1866

décédé le 14 février 1867

Né le 19 décembre 1867

décédé le 24 août 1868

Née le 16 août 1870

décédée le 8 octobre 1870

Né le 16 octobre 1871

décédé le même jour

Lettres de Mme Martin 

 Lettres de Mme Martin

 Lettres de Mme Martin

 Lettres de Mme Martin

 Lettres

Fin 1869 (?) à  Mme Guérin: Hélène a eu la rougeole et en a été fort souffrante; pendant trois jours j'avais des inquiétudes, maintenant, elle se porte très bien, sauf un mal d'yeux qui lui est resté après sa maladie ; ce n'est cependant pas d'être sortie trop tôt, elle a gardé le lit huit jours et la chambre trois semaines. 

24 février 1870 aux Guérin: Votre lettre m'a fait du bien. Je suis vraiment reconnais­sante de tout l’intérêt que vous me portez et je vous en remercie. Je me résigne à la volonté de Dieu, quoique ce soit bien dur de perdre une aussi mignonne petite fille (La petite Hélène était décédée le 22 février 1870, à l'âge de cinq ans et quatre mois); mais, ce que je regrette le plus et ce dont je ne puis me consoler, c'est de n'avoir pas mieux compris son état. Je ne la croyais pas gravement malade. J'étais habituée, depuis longtemps, à la voir souffrante, je la soignais le mieux possible en lui donnant des fortifiants que m'avait conseillés le docteur. Quand je l'ai vue reprise d'une petite fièvre, il y a quinze jours, j'ai cru d'abord que c'était un rhume, je ne m'en suis pas tourmentée Au bout de cinq jours, j'ai fait venir le médecin. I1 m'a dit ne point trouver de maladie déclarée, et qu'il ne voyait pas la nécessité de revenir, à moins d'aggra­vation. Et j'ai été assez aveugle pour ne pas m'apercevoir que la pauvre petite déclinait sensiblement. Samedi soir, elle est encore descendue avec nous; on lui donnait toujours du bouillon gras avec un peu de vermicelle et de la tisane d'orge ; elle en était si fatiguée que la bonne me dit, vendredi soir, qu'il vaudrait mieux lui faire une panade légère. J'ai écouté cela; la petite en a mangé deux fois samedi, elle était si contente que je lui en ai encore donné une dimanche, à midi ; c'est cela que je regrette et que je regretterai toute ma vie; cependant, je ne pense pas que ce soit la cause de sa mort, car elle s'en allait de langueur. Dimanche soir, l'oppression l'a prise et, de suite, j'ai envoyé chercher le médecin. I1 n'était pas là et n'est venu que le lundi matin. Il m'a dit que l'enfant avait la fièvre muqueuse avec un poumon engorgé, qu'elle était en très grand danger et qu'il ne fallait lui donner que du bouillon. Toutefois, il m'a permis d'y ajouter un peu de vermicelle ou de semoule, quand je lui eus dit qu'elle ne voudrait pas boire de bouillon clair. Après son départ, je la regardais tristement, ses yeux étaient ternes, il n'y avait plus de vie et je me suis mise à pleurer. Alors, elle m'entoura de ses deux petits bras et me consola de son mieux; toute la journée, elle ne faisait que dire: « Ma pauvre petite mère qui a pleuré ! » J'ai passé la nuit près d'elle, nuit très mauvaise. Le matin, on lui a demandé si elle voulait prendre son bouillon; elle a dit oui, mais ne pouvait pas l'avaler. Cependant, elle fit un effort suprême, en me disant: « Si je le mange, vas‑tu mieux me l'aimer ? » Alors, elle a tout pris, mais après elle souffrit terriblement et ne savait que devenir. Elle regardait une bouteille de potion que le docteur lui avait ordonnée et voulait la boire, disant que quand tout allait être bu, elle serait guérie. Puis, vers dix heures moins un quart, elle me dit:  «  Oui, tout à l'heure, je vais être guérie, oui, tout de suite... » Au même moment, tandis que je la soutenais, sa petite tête est tombée sur mon épaule, ses yeux se sont fermés, puis cinq minutes après elle n'existait plus...

Cela m'a fait une impression que je n'oublierai jamais; je ne m'attendais pas à ce brusque dénouement, ni mon mari non plus. Quand il est rentré, et qu'il a vu sa pauvre petite fille morte, il s'est mis à sangloter en s'écriant: « Ma petite Hélène! ma petite Hélène ! » Puis nous l'avons offerte ensemble au bon Dieu.

Et maintenant, il me reste le remords cuisant de lui avoir donné à manger. Mon cher frère, crois‑tu que c'est cela qui l'a fait mourir ? Je t'en supplie, dis‑le moi, comme tu le penses et, pourtant, j'étais bien embarrassée, j'avais peur qu'elle ne s'affaiblisse trop.

I1 y a aujourd'hui quinze jours, le père de la bonne est venu chez nous. I1 y avait trois jours que la petite était souf­frante; il dit à sa fille : « Tu ne la soigneras pas longtemps, c'est une enfant qui se meurt de langueur. » I1 avait raison, et moi je n'en voyais rien ! Je lui donnais quelquefois, pour la soutenir, des rôties au vin, elle aimait tant cela, peut‑être que ce lui était contraire, je me reproche tout. Avant l'enterrement, j'ai passé la nuit prés de cette pauvre chérie, elle était encore plus belle morte que vivante. C'est moi qui l'ai habillée et mise dans le cercueil; j'ai cru que j'allais en mourir, mais je ne voulais pas que les autres la touchent. L'église était pleine de monde à son inhumation Sa tombe est à côté de celle de son bon‑papa. Je suis bien triste, écrivez‑moi si vous le pouvez, pour me consoler.  

13 janvier 1867 à Mme Guérin: J'ai eu le bonheur de voir mon petit Joseph le premier de l'an. Pour ses étrennes, je l'ai habillé comme un prince; si vous saviez comme il était beau, comme il riait de bon cœur ! Mon mari me disait que « je le promenais comme un saint de bois. »' Je le faisais voir, en effet, comme une curiosité. Mais... ô vanité des joies de ce monde ! Le lende­main, dès trois heures du matin, on entend frapper bien fort à la porte; on se lève, on va ouvrir et on nous dit: « Venez vite, votre petit garçon est bien mal, on craint qu'il ne meure. »  Vous pensez que je n'ai pas été longtemps à m'habiller et me voilà en route pour la campagne, par la nuit la plus froide, malgré la neige et le verglas. Je n'ai pas demandé à mon mari de venir avec moi, je n'avais pas peur, j'aurais traversé seule une forêt, mais il n'a pas voulu me laisser partir sans lui.

Le pauvre petit avait un fort érésypèle, et la figure dans un état pitoyable. Le médecin me dit qu'il était en très grand danger, enfin, je le voyais déjà mort !... Mais le bon Dieu ne m'avait pas tant fait attendre un garçon pour me l'ôter si tôt, il veut me le laisser, il est maintenant en pleine santé. Mais, croiriez‑vous qu'on m'a accusée de ce qui était arrivé, parce que je l'avais fait venir à Alençon par un temps trop froid. Comme vous le voyez, j'ai payé bien cher mon plaisir du Jour de l'An, mais on ne m'y reprendra plus.

23 mars 1868 à M. Guérin: ...Mon petit garçon est bien gentil aussi. C'est le portrait du premier, je n'ai jamais eu d'enfants qui se ressemblent à ce point. Pourvu qu'ils ne se ressemblent pas jusqu'au bout ! J'ai toujours peur que ce petit ne s'envole comme l'autre. Il est très fort, mais il a mauvaise mine, comme le précédent, ce qui me déplaît à l'excès. Le bon saint Joseph me laissera celui‑là, je l'espère, il en a assez d'un. Il a eu la bonté de m'en renvoyer un autre aussitôt que je lui ai donné le premier. C'est très sûr que je ne dois ce dernier qu'à son intercession spéciale. L'année dernière, j'ai fait une neuvaine pendant son mois et je l'ai terminée le jour de sa fête; neuf mois après, jour pour jour, il m'a exaucée. Comme tu vois, il ne pouvait pas mieux faire.

14 avril 1868 à Mme Guérin: ...les enfants ont toujours quelques misères, j'y suis tellement habituée pour les miens, que j'en prends mon parti. J'ai cependant eu bien des motifs d'angoisse pour le petit dernier qui a été très malade, il y a trois semaines. La nourrice est arrivée en sanglotant me dire qu'il n'y avait aucun espoir, qu'il était pris exactement comme son petit frère. La crainte de le voir mourir chez elle l'effrayait telle­ment qu'elle voulait me le rendre. Le médecin y est allé de suite et a constaté qu'il avait une bronchite; on l'a soigné le mieux possible; maintenant, il est tout à fait guéri. Nous sommes allés le voir aujourd'hui. I1 a souri à son père et à moi, comme s'il nous connaissait. Je suis bien privée de ne pas l'avoir avec nous et il me tarde que le moment de le reprendre soit venu, quoique je m'effraie d'avance du surcroît d'embarras que cela nous donnera, car on ne manque pas de besogne ici; si j'en avais trois fois moins, j'en aurais encore assez pour n’être pas souvent à rien faire, mais c'est un travail si doux de s'occuper de ses petits enfants !
Mai 1868 à Mme Guérin: Le dernier petit Joseph est encore du nombre, il est toujours malade. Voilà trois mois qu'il est pris d'une bron­chite qui l'a mis dans un triste état; la semaine dernière, on croyait qu'il allait mourir. Le médecin lui a fait mettre un vésicatoire entre les deux épaules, on le lui a laissé plu­sieurs jours. Jugez comme ce pauvre petit a dû souffrir ! Et avec cela une toux continuelle et une oppression qui l'étouffait. J'allais le voir deux fois par jour; le matin, je partais à cinq heures, et le soir à huit heures, et je revenais toujours le cœur serré.

11 août 1868 à M. Guérin: Le petit Joseph est à la maison depuis un mois. La nour­rice ayant sa mère infirme, j'ai vu qu'elle avait trop à faire et j'ai préféré le retirer. Il est toujours malade; voilà six semaines qu'il est pris d'une maladie d'intestins, il n'a pas les membres plus gros qu'à trois mois. J'ai beaucoup de chagrin et des tribulations de toutes sortes.

23 août 1868 à M. Guérin: Je crois que nous allons avoir encore le malheur de perdre le petit Joseph, il est à toute extrémité. Louis m'assurait, ce matin, qu'il faudrait un miracle pour le sauver, tout le monde m'en dit autant. Il est beaucoup plus mal depuis mardi. Jusque‑là, son état n'était pas grave et ne l'empêchait pas de dormir, ni de manger, il paraissait même ne pas souffrir, car il était bien gai et ne pleurait jamais, seulement il ne profitait pas. Depuis cinq jours, il vomit tout ce qu'il prend. J'ai vu deux médecins; l'un ne m'a rien ordonné, l'autre pas grand‑chose; je crois qu'ils n'ont aucun espoir de le sauver. Je suis vraiment découragée, je n'ai même plus la force de le soigner, cela arrache le cœur de voir un petit être tant souffrir. Il n'a qu'un cri plaintif. Depuis quarante­-huit heures, il n'a pas fermé l'œil. Il se ploie en deux sous la force de la douleur. Quand tu recevras cette lettre, il sera probablement mort. Ainsi, mes chers amis, si vous venez, vous voyez le plaisir qui vous attend ! Cependant, j'espère toujours, je ne puis me figurer que le bon Dieu ne me laissera pas mon cher petit garçon. Je vous écrirai dans deux ou trois jours. Si l'enfant va mieux, il faudra venir comme c'est convenu, autrement, retardez votre voyage de huit jours, car nous ne serions pas en état de vous recevoir.


24 août 1868 à M. Guérin: Mon cher petit Joseph est mort ce matin, à 7 heures. J'étais seule avec lui. I1 a eu une nuit de cruelles souffrances, et je demandais avec larmes sa délivrance. J'ai eu le cœur soulagé quand je l'ai vu rendre le dernier soupir.

29 août 1868 à Mme Guérin: Mon cher petit ange qui était si beau, il a fallu s'en séparer !

17 août 1870 à Mme Guérin: Ma petite Marie‑Mélanie-Thérèse est née, hier mardi, à onze heures du soir; elle est bien vivante, bien gentille, mais pas grosse, elle ne pèse que quatre livres deux cents. J'hésite à la mettre en nourrice. Je ne sais pas encore au juste à quoi je vais me décider.

23 août 1870 à Mme Guérin: ma petite Marie‑Mélanie‑Thérèse est en nourrice (on l'appelle Thérèse). Je l'ai gardée quatre jours et j'ai essayé de l'allaiter, malheureusement, cela ne suffisait pas, on a été obligé de la faire boire au biberon; le troisième jour, elle a été prise d'un tel dérangement d'estomac que le médecin me dit qu'il n'y avait pas une heure à perdre, qu'il fallait de suite lui trouver une nourrice.J'en connaissais une, à Alençon, sur laquelle j'avais de très bons renseignements, je la lui ai donnée samedi soir. Dès le lendemain, l'enfant se portait bien, mais je ne suis pas contente de l'avoir mise en nourrice, je voulais l'élever en prenant une bonne pour m'aider. la faire boire au biberon; le troisième jour, elle a été prise d'un tel dérangement d'estomac que le médecin me dit qu'il n'y avait pas une heure à perdre, qu'il fallait de suite lui trouver une nourrice.

8 octobre 1870....Ma petite Thérèse est morte, aujourd'hui samedi à une heure de l'après‑midi. Dimanche dernier, je la croyais sauvée. Elle était beaucoup mieux et avait augmenté de trois cents grammes dans la semaine. Le même jour, vers le soir, elle a commencé à rendre ce qu'elle prenait. Mercredi, elle s'est trouvée pire. Jeudi, elle me semblait mieux, elle riait comme elle ne l'avait encore jamais fait. La nuit a été très bonne et le vendredi matin, après l'application de l’ordonnance du docteur, elle était mourante. A midi, c'était la fin !Son agonie a commencé ce matin, à dix heures et demi, on ne peut se figurer ce qu'elle a souffert ! Je suis dans la désolation, j'aimais tant cette enfant. A chaque nouveau deuil, pour moi, il me semble toujours aimer l'enfant que je perds, plus que les autres. Celle‑là était gentille comme un bouquet, puis il n'y avait que moi qui la soignais. Oh ! je voudrais mourir aussi !

 

 

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