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Les autres procès

Et les autres procès ?

 

           Ils sont trois, constitués en deux ensembles distincts :

- le procès des écrits et celui de non culte 

- le procès apostolique.

           Les deux premiers encadrent le procès ordinaire. Ce sont de petits procès, c’est même le nom latin donné à celui des écrits, processiculus. Ils sont courts : sept sessions sur moins d’un mois pour les écrits, dix sessions sur une grande semaine, pour celui de non-culte. Dix témoins sont entendus pour le premier, seize pour le second. Au procès des écrits, déposent celui - le docteur La Néel - et surtout celles qui sont en possession d’écrits de Thérèse ; tous se retrouveront dans le grand procès. Ce procès préliminaire sert aussi à roder la procédure, pour les juges, les copistes, les témoins. Au procès de non-culte, les témoins, en majorité, sont des nouveaux venus, parce que le procès est différent des deux autres.

           Petits procès, mais importants au regard du but assigné et de l’information produite. Commençons par celui des écrits, dont les actes ont été publiés, en 1976, en annexe du procès apostolique. L’intérêt principal repose dans le rassemblement de la quasi-totalité des écrits de Thérèse, regroupés en quatre grande catégories, les grands manuscrits, la correspondance, le théâtre, les poésies, sans compter d’autres textes de moindre importance. La documentation rassemblée reflète aussi les bénéficiaires principaux, ainsi on a laissé ensemble les écrits reçus par Sr Geneviève, poésie, fiction, lettres. Comme dans tout le procès, ont produit des copies, mais celles-ci sont soigneusement vérifiées sur les originaux, avec une minutie qui donne le tournis à Mère Agnès. Le procès des écrits est essentiel sur deux points, ultérieurement controversés. Il existe bien trois manuscrits différents de tonalité autobiographique, là où les onze premiers chapitres de l’Histoire d’une âme faisaient croire à l’existence d’un document unique. Les écrits n’incluent aucune parole de Thérèse : au grand procès, Mère Agnès pourra certes apporter une sélection de paroles ultimes, comme preuve, mais le tribunal, de son côté, voudra aussi que, pour la procédure romaine, une autre copie des grands manuscrits soit jointe au procès.

           Le procès de non-culte, exhumé en 2011, offre un autre intérêt. Il témoigne de la manière dont, à Lisieux , s’est organisée la dévotion à Thérèse, autour de trois pôles, le carmel le cimetière et Les Buissonnets. La parole y est largement donnée aux « sans grade », le sacristain du carmel et une sœur tourière, le gardien du cimetière et la locataire des Buissonnets, encore les vicaires faisant les enterrements. Ces dépositions offrent une vision précise, malgré la nécessité de certifier l’absence de culte public, de la dévotion à Thérèse, elles évoquent les ex-voto, les cierges, les inscriptions sur les croix, les suppliques sur papier. On découvre aussi la manière dont le carmel s’est converti à Thérèse, en accrochant ses portraits aux murs et en créant une chambre baptisée pudiquement « du dépôt des souvenirs », en réalité de reliques, données à vénérer à des visiteurs de choix.

           Le procès apostolique est tout différent. Les deux précédents complétaient le procès ordinaire, celui-ci le répète : mêmes juges, mêmes témoignages, mêmes témoins. Enfin presque. Huit des témoins du premier procès sont décédés. La guerre empêche d’entendre deux témoins-clés, l’écossais Thomas Nino Taylor et l’évêque italien de Nardò ; elle oblige à faire l’audition du prémontré Madelaine dans son exil belge. Peu de témoins nouveaux, un seul qui a connu Thérèse, le prêtre qui a reçu sa dernière confession.

           Les témoignages changent un peu, parce que l’interrogatoire s’est modifié, plus précis sur les vertus, parce que, à six ou sept ans d’intervalle, des souvenirs sont revenus, des points ont été approfondis, comme en témoigne la sérieuse documentation préparatoires des carmélites. Le présent aussi a changé : en 1911, le carmel avait recensé 50 ex-voto ; il en est 460 en 1917. La guerre est passée par là. Mère Agnès, qui veut toujours bien faire, dépose deux documents nouveaux. L’un concerne la « Voie d’enfance spirituelle », un exposé lu au procès, sur la manière dont elle comprenait la doctrine de sa sœur. L’autre est intitulé : « Dans quel milieu sœur Thérèse de l’Enfant Jésus s’est sanctifiée au carmel de Lisieux. » C’est une charge contre l’ancienne prieure, Marie de Gonzague. Le but visé était sans doute de dramatiser la vie de sa sœur au carmel, comme les Derniers entretiens l’avaient fait pour sa mort. Mais elle ne se rendait pas compte qu’elle apportait là d’un document qui, jamais cité mais toujours utilisé, allait alimenter une légende noire qui se développera en contrepoint de l’hagiographie thérésienne.

Par Claude Langlois, historien

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