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De Céline à Thérèse - 27 Juillet 1893

27 juillet 1893
La Musse, 27 Juillet 1893
Ma chère petite Thérèse,
Je t'ai gardée pour la bonne bouche et je ne sais si je vais avoir le temps de t'écrire tout ce que je
désirerais. Pourtant, je voudrais bien te dire beaucoup de choses.
Tu vas peut-être penser que ta lettre, écrite pour me consoler, n'est pas arrivée à propos, puisque
j'écrivais à Pauline que Jésus me consolait. Oh ! il n'en est rien. Ta lettre m'a reconsolée et m'a fait un
bien si grand que j'en ai remercié Notre-Seigneur. Je ne comprends pas cela, mais tu me dis toujours
juste ce qu'il faut me dire ...
La comparaison de l'enfant en pleine mer m'en donne bien long à penser, et ceci : « Jésus est heureux
de tout recevoir pendant la nuit. .. Il attend l'aurore, oh! alors quel réveil que celui de Jésus » !! !. ..
Cela, Thérèse, me transporte.
J'ai été touchée, bien touchée de ta coïncidence des petits sacrifices. Oui, Jésus m'en demande et je n'y
répugne pas. Je me sens portée à, « puisque Jésus ne me donne pas », donner sans compter et profiter
des occasions.
Thérèse chérie, j'ai dit que Jésus m'a consolée parce que je ne suis plus découragée, mais tant qu'à
avoir des consolations, je n'en suis pas là, malgré que je boive avec délices ce que m'écrivent mes
chères petites sœurs.
Pauline me dit: « Que notre âme soit triste ou gaie, agitée ou calme, peu importe si nous tournons nos
regards vers le Ciel, si nous avons confiance toujours, si toutes les choses de la terre nous paraissent
méprisables. » (Cependant, que faire si c'est tout le contraire ?)
Cette parole de Marie m'a réconfortée: Tu es bien heureuse d'être recherchée d'un tel Ami, d'être
l'objet de ses divines jalousies.
Oh! oui, Jésus est bon de s'être fait notre Ami! Qui donc aurait pu être l'ami de nos âmes, de nos âmes
à nous ?
Ta Céline
Je vais te faire sourire par un détail qui n'est ni mystique ni élevé, mais qui te donnera la note sur mon
isolement: J'autre soir, je considérais la lune dans l'immensité, elle était voilée par une légère vapeur.
La terre était dans l'ombre. Je marchais et tout à coup, je vois à mes côtés le fidèle Tom. Il m'avait
entendue et il venait, je n'avais que lui ! Thérèse, oh comprends ta Céline !

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