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De Céline à sœur Marie du Sacré-Cœur fragment - 20 novembre 1887

De Céline à sœur Marie du Sacré-Cœur. fragment
20 novembre 1887


Ma chère petite Marie,
Aujourd'hui je suis anéantie, il s'est fait dans ma tête comme un vide immense. Oh! que je voudrais
bien être auprès de mon cher Carmel pour lui dire toutes mes pensées. Thérèse va vous raconter
l'audience de ce matin, à chaque fois qu'elle me revient à l'esprit c'est comme un glaive bien tranchant
qui s'enfonce dans mon cœur.
Je n'en puis plus, chère petite Marie, c'est comme si c'était à moi que cela s'adressait, c'est pire encore
je crois. Nous avons assisté à la Messe du Saint-Père, nous devions communier de sa main mais on
craignait de trop le fatiguer, alors elle n'a pas eu lieu. Quand notre tour est venu d'être aux pieds du
Saint-Père, Thérèse s'est agenouillée, mais par malheur Mr Révérony était avec les pèlerins de Bayeux
et c'est lui-même qui les présentait au souverain Pontife. Quand Thérèse a fait sa demande les larmes
dans les yeux, le Saint-Père s'est baissé et il a dit: « Je ne comprends pas très bien. » Tu sais, il est si
vieux que cela arrache les larmes rien que de le regarder, il est pâle comme un mort, il peut à peine se
soutenir ni parler, il a l'air brisé par l'âge, mais quelle bonne figure! c'est bien un vrai Saint-Père.
Mais pour en revenir à la demande de Thérèse, Mr Révérony a répondu tout de suite avec un ton
d'ironie : « C'est une enfant qui demande à entrer au Carmel à 15 ans, mais la chose est en train d'être
examinée devant les supérieurs.» Alors le S. P. a répondu après les instances réitérées de Thérèse : «
Ma chère enfant, si le bon Dieu le veut vous entrerez, laissez faire vos supérieurs. » Cela a duré à
peine 2 minutes, après c'était moi. J'avais les larmes aux yeux, mais croirais-tu que j'ai eu l'audace de
dire:«Très Saint Père, une bénédiction pour le Carmel. » Alors il m'a bénie en disant : « Oh il est déjà
béni !»
Après cette demande faite de ma part, Mr Révérony s'est bien gardé de dire que j'étais la sœur de
Th., mais il a repris le premier en riant un peu - Il est déjà béni. Le S. Pontife, lui qui est si bon, a eu
l'air de comprendre dans l'autre sens, et c'est alors qu'il m'a dit: « Oh! oui il est déjà béni!..... » puis il
m'a présenté sa bonne main pour que je la baise. Papa venait bien après nous avec les messieurs. Mr
Révérony l'a présenté au St Père en disant: « Voilà le père de 2 carmélites et d'une visitandine », mais
il n'a pas dit que c'était le père de Thérèse.....

 

Le Souv. P. a regardé papa particulièrement et il a présenté sa main à papa qui l'a baisée et serrée avec
amour, papa pleurait un peu en revenant.
Voilà bien des détails mais je crois qu'ils peuvent t'intéresser. Je t'assure que j'en ai passé une
semaine ! ce n'était que cauchemars et glaives à toutes les fois que je pensais à cela.....
Si on veut perdre un peu les voyages, il (…)

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