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De Céline à sœur Marie du Sacré-Cœur - 27 juin 1889.

 

De Céline à sœur Marie du Sacré-Cœur. 27 juin 1889.

 

27 Juin 89.

Ma chère petite Marie,

Sais-tu que la petite Céline pense depuis longtemps à ta fête (Fête du Sacré-Cœur, vendredi 28) ? Hélas ! elle est bien moins gaie qu'autrefois ! Où est le temps qui nous apportait de si douces joies ! .....

Il est loin, bien loin, de plus en plus notre vie devient amère, elles sont vraies les paroles que nous redisait souvent notre cher petit Père : « Pour l'exilé il n'est que pleurs [1v°l et que tristes pensées... Ô la Patrie ! la Patrie! ! Elle est donc bien belle ta Patrie.... » J'entends encore le son de cette voix si aimée nous redisant les sentences profondes que son coeur méditait des journées entières. Dans les derniers temps Papa avait l’esprit encore plus méditatif, je le surprenais dans son belvédère regardant dans le lointain, parfois ses yeux se remplissaient de larmes et moi je le comblais de caresses .....

Ce temps si doux il est passé ! Chère petite Marie, nous n'avons pas de [2r°1 souvenirs comme d'autres, les nôtres ont une profondeur indicible, quelque chose comme une mélodie d'exilé. Nos souvenirs à nous me font l'effet d'une musique suave et mélancolique, un gémissement de colombe. Oh ! je ne puis te dire, chère petite Sœur, tout ce que j'éprouve, mes yeux et mon coeur ne cessent de plonger dans l'infini. Je pense que nous devons travailler avec ardeur, Jésus se plaît à creuser des vides immenses autour de nous si bien que notre âme ne [2v°l peut plus s'attacher à rien ici-bas Petite sœur chérie, si tu savais comme je sens le vide… un vide si grand que je ne pourrais te l'expliquer. O le Ciel !... dans cinquante ans d'ici comme nous nous réjouirons d'avoir souffert, comme nous n'échangerons pas notre place pour d'autres, comme nous ne penserons plus à ceux qui s'agiteront après nous sur cette terre. Heureux moment !

Ma chère petite Marie à bientôt le ciel, c'est là que nous fêterons joyeusement. Comme Papa sera glorifié !

Réjouissons-nous de souffrir, c'est le Père qui le dit. (Le P. Pichon)

Ta petite Céline qui t'aime.

Léonie te souhaite une bonne fête.

 

 

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