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De Céline à sœur Agnès de Jésus et sœur Marie du Sacré-Cœur. Fragments. 28 novembre 1887

De Céline à sœur Agnès de Jésus et sœur Marie du Sacré-Cœur. (fragments.) - 28 novembre


Lundi 28 novembre 87


Mes chères petites sœurs,
J'ai pourtant bien besoin de me reposer ce soir mais je ne peux résister au plaisir de vous envoyer un
petit mot, c'est le premier de France. La France oh! je suis bien heureuse de la revoir (...).
Mes petites sœurs chéries, ce n'est pas pour vous parler de cela que je viens ce soir, mais bien plutôt
pour vous remercier de vos gentilles lettres ; papa est ravi et à nous elles font notre consolation.
Depuis que je vous ai écrit, Mr Révérony ne nous a pas reparlé de tout ce qui s'est passé, tout semble
dormir, tout est dans le repos. Jésus sommeille bien longtemps! Il laisse la barque se balancer
mollement au gré des flots, mais le port nous ne le voyons point apparaître. J'aurais bien envie de le
réveiller un peu pour lui rappeler que l'heure s'avance et que nous avons froid.....
.
Th. et moi nous avons pensé que Mr Rév., intelligent comme il est, avait peut-être dit tout cela par
pure complaisance, pour faire plaisir, et nous avons remarqué qu'il est toujours de l'avis de tout le
monde, il dit blanc avec les uns et noir avec les autres. A quoi faut-il s'en tenir? - L'autre jour Th.
par extraordinaire se trouvait dans la même voiture que lui avec plusieurs beaux messieurs qui ne
le quittent jamais; à la fin ils ont tous donné 0, 25c au cocher. Th. tirait son porte-monnaie mais M"
Révérony a donné une pièce de 0, 50c en disant à Th : « Nous avons un compte à régler ensemble.»
Voilà tout ce que nous en savons. Il nous semble que ce serait une bêtise que Th. aille lui parler ; du
reste il ne s'en trouve jamais l'occasion, de nombreux amis l'entourant sans cesse. Et puis pour une
chose aussi grave, ce serait quémander, quêter, cela ferait plus mal à notre avis. Il n'y a qu'une seule
chose à faire c'est de laisser le petit Jésus se réveiller tout seul; « dans le sommeil même il ne dort
jamais».
Adieu, mes chères petites sœurs, au revoir bientôt. Th. aurait voulu à tout prix vous écrire, mais je
lui ai défendu, ses sentiments sont les miens, à quoi bon se fatiguer à les écrire 2 fois. Elle aurait bien
voulu envoyer un petit mot aussi à ma chère Tante, elle a été bien contente de sa gentille lettre.
Embrassez bien pour nous notre Mère chérie.
Nous arrivons Jeudi à minuit à Paris. Etant bien pressés de vous revoir tous, nous ne resterons
probablement pas à Paris et nous comptons prendre le train de 11 h. 45 qui nous amènera vers 4 h l/2 à
Lisieux VENDREDI. Si vous ne recevez pas d'autres lettres ni dépêches, c'est que rien ne sera changé.
Bien entendu nous passerons par le Carmel immédiatement.
Nous embrassons tout le monde.
Céline.

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