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De Céline à ses sœurs carmélites Agnès de Jésus, MSC et Thérèse. 3 juillet 1893.

De Céline à ses sœurs carmélites Agnès de Jésus, Marie du Sacré-Coeur et Thérèse. 3 juillet 1893. 

...La semaine dernière, mon oncle a écrit à Léonie une lettre qui a dû lui parvenir Samedi mais une lettre à laquelle je ne me serais jamais attendue tant elle était paternelle et douce.

Il lui permet de rester à la Visitation, la félicite sur ses progrès et va même jusqu'à lui dire qu'elle ne s'inquiète pas du vide qu'elle va causer auprès de Papa, car avec le secours de Dieu, lui et ma Tante espèrent bien lui rendre la vie si douce qu'ils la remplaceront autant que possible.

J'étais bien étonnée de ce langage, j'avais vu mon oncle disposé si contrairement et je ne doute pas que le bon Dieu ait mis la main à la petite barque de Léonie, tous les obstacles se sont effondrés en même temps.

Petites Sœurs chéries, oh ! si vous saviez comme mon cœur s'est brisé en lisant cette lettre de mon oncle, c'était la consommation du sacrifice, c'était le fiat ! J'ai pleuré... mon cœur a été gros longtemps... Je pensais à ma Léonie, ma compagne d'infortune qui m'abandonnait !... Plus personne sur la terre, le vide s'est fait autour de moi et je me suis considérée un instant, dernière épave de la famille, avec un vertige navrant... Oh ! la vie m'a semblé si triste, si triste!...

Toute ma vie avec ma pauvre Léonie est venue, dans tous ses détails creuser mes regrets, j'ai éprouvé dans mon âme une grande amertume Rentrée dans ma chambrette, avec désolation, j'ai lu ce passage des psaumes : « Seigneur, vous êtes tout mon héritage et tout mon bien, c'est vous qui affermirez mon sort. La part qui m'est échue est délicieuse et ce que je possède m'est infiniment agréable. » (Ps. XV.) - Le cœur de la pauvre petite Céline a été consolé. -

Mes chères petites sœurs, je ne veux pas vous parler que de moi, car je sais tout le bonheur que vous éprouvez à recevoir des nouvelles de Papa.

Il va toujours bien, mais le jour où j'avais écrit à notre Mère (Marie de Gonzague) était exceptionnel. Je ne l'avais jamais vu comme cela et je me souviendrai toute ma vie de son beau visage quand, le soir à la nuit tombante, dans le fond du bois, nous nous sommes arrêtées pour entendre le rossignol. Il écoutait... avec une expression dans le regard ! C'était comme une extase, un je ne sais quoi de la Patrie qui se reflétait sur ses traits. Puis, après un bon moment de silence, nous écoutions toujours et j'ai vu des larmes qui coulaient sur ses joues chéries. Oh ! la belle journée!

Depuis, il va moins bien, cette consolation extraordinaire ne pouvait pas durer, et pourtant malgré tout, que ses derniers jours sont doux, qui aurait pu le penser?... Le bon Dieu agit envers nous avec une ineffable bonté.

Mes petites Sœurs chéries, oh ! je pense bien à vous, je m'efforce de vous remplacer toutes auprès de Papa, je fais de mon mieux je vous assure, car je devine le sacrifice que c'est pour vous de ne pas assister vous-mêmes notre cher petit Père dans ses derniers jours. C'est moi qui ai cette insigne consolation, le bon Dieu ne m'en demande pas autant qu'à vous ! Sans doute que je n'en aurais pas la force. Oh ! priez bien pour votre pauvre petite Céline ! je fais si peu pour Dieu et vous, vous lui donnez tant. Je vous trouve si bonnes et moi je suis si mauvaise !...

Mes petites Sœurs chéries, vous savez que je vous aime de tout mon cœur.

...Je vous embrasse bien tendrement.

Votre petite Céline

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