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De Céline à Vital Romet - 7 janvier 1890.

 

De Céline à Vital Romet. 7 janvier 1890.

7 Janv. 90
Mon cher Parrain,
Votre petite filleule pourrait vous paraître en retard cette année ; comme à l'ordinaire je n'ai pas fait
précéder de tous mes vœux le premier jour de l'an. Mais, est-ce bien un retard ? oh! non, et je sais que
vous ne le croyez pas, vous ne pouvez douter du coeur de votre petite amie.
[I v°] Mes souhaits ont de beaucoup devancé cette lettre, cette pauvre lettre qui ne pourra jamais les
exprimer tels que mon coeur le désire, car quelle est la plume assez puissante pour redire le cœur !
Il n’en existe pas et il faut que 1e coeur se devine. Mais y a-t-il encore des souhaits, des vœux possibles
pour nos âmes brisées ? Qui donc osera nous souhaiter le bonheur ? Le bonheur ! ah! Est-il possible qu'on
le goûte seul, loin du coeur que nous avons chéris ?...
[2 r°] Une bonne Année ! Mais peut-elle être féconde en joies ?... En joies, en bonheurs terrestres non,
mais en contentement intérieur : oui ! En nous est une vie si grande, si divine, renfermant tant de res-
sorts secrets qu'elle est la source de nos joies les plus vives et les plus profondes. Et bien c’est à cette vie
intime, personnelle que je viens offrir tous mes vœux et Dieu sait ce qu'ils sont ! ...
Avec vous cher Parrain, j'ai confondu mes larmes, larmes bien amères (Pauline Romet, sœur de Vital, est
morte le 15 septembre 1889 cf. LD 805, en VT n° 97. Céline est allée à l'inhumation à Alençon avec son
oncle Guérin, le 17 septembre. Au long de cette lettre, il est clair que Céline ne cesse de penser aussi a
son père), mais je confonds aussi [2 v°] mes prières et mes souvenirs...

Merci pour le cher Mémento, mais en était-il besoin ! Non, car un autre Mémento est gravé à jamais
dans mon coeur, ma chère Tante y vit aussi réellement qu'autrefois. Les Carmélites et nous, pensons bien
souvent à elle, chaque jour elle est le but de nos prières, car nous aimons la recommander à Dieu et à
nous recommander à elle pour qu'elle nous protège. Ah ! puisse-t-elle alléger les peines de notre cher petit
Père, adoucir l'amertume de nos cœurs !
Je sais que mon oncle vous en a donné des nouvelles, vous savez déjà tous les détails de la si pénible
paralysie, ses progrès, et je sais toute la part que vous prenez à nos peines. Oh ! non jamais je ne douterai
du coeur si dévoué de mon cher Parrain et je ne désire qu'une chose c'est qu'il ait la même confiance pour
celui de sa petite filleule.
Les Carmélites et Léonie se joignent à moi pour vous offrir leur respect et leurs vœux.
Recevez cher Parrain l'expression de mes sentiments respectueux.
Céline Martin.

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