Imprimer

De Céline à Mme Guérin - 14 novembre 1887.

De Céline à Mme Guérin. 14 novembre 1887.

 

Ma chère Tante,

C'est à vous la première à qui j'écris de Rome la ville Eternelle, la ville unique, la patrie des martyrs et des saints. C'est en union avec ces célestes habitants des Cieux que je viens vous souhaiter une bonne fête. Chère petite Tante, cette fête si joyeuse que nous voyons arriver chaque année avec tant de plaisir va se passer sans nous. Mais non [1 v°] pas sans nous, car notre coeur est près de vous et surtout en cette occasion. J'ai bien prié pour vous à tous les sanctuaires où j'ai passé et je vous remercie de tout le mal que vous vous êtes donné chez nous.

Vos deux lettres m'ont fait un grand plaisir, je vous trouve si bonne ! Si vous saviez comme vous m'avez fait pitié, je vous vois cherchant les poires, faisant la confiture, choses si ennuyeuses! pendant que votre paresseuse de filleule passe gaiement la saison des pluies dans une contrée charmante où le soleil sourit chaque jour, où les prairies sont émaillées de pâquerettes et où les jardins sont tout en fleurs.

S'il n'y avait que cela!... c'est bien beau mais éphémère. Ces perles gracieuses que Dieu met sous nos pieds ne sont rien, elles pâlissent devant les merveilles dont nous sommes les témoins. Rome! ô ma Tante chérie, comment vous en parler? mon cœur en est tout ému; aujourd'hui nous avons visité la Rome ancienne, c'est-à-dire hors les murs, parcouru la campagne romaine, suivi la voie Appienne si célèbre par ses souvenirs historiques et pieux, St Paul l'a suivie pour aller au martyre ... J'ai bu de l'eau de la fon­taine produite par les bonds que fit la tête de ce grand saint. J'ai vu le petit cachot où il passa 3 jours; il est muré, mais par une petite fenêtre j'ai pu enfoncer la main très avant, peut être plus loin que bien des personnes. En foulant ainsi la terre sainte le cœur se serre et des larmes ont bien du mal à rester cachées. Ma chère Tante, je ne pourrais vous dire toutes les merveilles que nous voyons, à chaque pas il s'en découvre de nouvelles, mon cœur déborde, aussi je vais m'arrêter. Oh! devant ces reliques sacrées, quel cœur resterait muet? elles vous crient: soyez des saints! la vie est courte, bien courte, travaillez pendant que le jour luit. Les morts étendus dans leurs tombes vous disent que tout passe......

Nous avons vu dans les catacombes un squelette étendu dans son étroite cellule, mais je m'attarde trop, je pourrais continuer ainsi jusqu'à Minuit.

Aurevoir, Tante chérie, je vous embrasse comme je vous aime et vous souhaite une fête exceptionnelle fêtée par les anges ... J'em­brasse mon cher Oncle, ma chère petite Jeanne, Marie, Marie et Pauline. Nous avons reçu toutes leurs lettres, nous étions aux aguets, pas de danger d'en laisser échapper une seule.

J'embrasse Marcelline et Maria et tout notre cher monde, nos amis, tout le monde ......... 

Céline

Si le Carmel pouvait voir cette lettre à cause des quelques rensei­gnements que j'ai donnés, je crois qu'elles seraient contentes.

Papa m'a chargée de dire à tous bien des choses et de vous souhaiter une bonne fête.

Retour à la liste des correspondants