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De Céline à Jeanne Guérin - 15 avril 1891.

 

De Céline à Jeanne Guérin. 15 avril 1891.

Mercredi 15 Avril 1891
Ma chère petite Jeanne,
Ma Tante m'a cédé son tour et c'est moi qui viens te tenir compagnie, bien vite je m'envole à tire d'ailes,
heureuse d'être aujourd'hui la colombe voyageuse. Je voudrais bien te distraire un peu et te faire plaisir
en retour de tout ce que tu fais pour moi, mais je vois avec chagrin que jamais je ne pourrai m'acquitter
envers toi. Petite Jeanne chérie, cela est vrai et pourtant ce n'est pas vrai ! Non, car si je suis impuissante
à te faire autant plaisir comme [1 v°] tu me fais plaisir, mon cœur dans son intime te comble d'affection,
comme jamais tu ne pourrais te le figurer !... Hier j'ai été au Carmel, mon parloir ne s'est passé qu'à parler
de toi et j'en ai dit long ! Si tu savais comme elles étaient contentes, je ne pouvais les rassasier. La Mère
Geneviève pense à toi tout particulièrement et elle va encore redoubler ses prières pour que notre chère
petite Jeanne ne soit plus souffrante. Tu sais que c'est sur toi que reposent toutes nos espérances, tu es
notre consolation et même le bon Dieu t'a faite notre appui sur la terre....... A ton foyer ta petite Céline est
heureuse ; quand elle est chez sa sœur aînée, elle est chez elle... Oh ! non tu ne sais pas ce que tu m'es et
comme tu me tiens au cœur !
[2 r°] J'ai beaucoup parlé aussi de Francis, je ne sais point tarir sur son compte. J'ai tout raconté jusqu'aux
piles électriques ! A propos de piles j'ai essayé de faire de la galvanoplastie avec mon aide de laboratoire

(Marie Guérin) ; la pile marchait très bien nous l'entendions, mais l'objet n'a pas eu de couche métallique,
pourtant je vous le dédiais, enfin ce sera pour une autre fois. Je crois qu'avant de réussir il nous faudra
faire bien des écoles. Je me suis munie de physiques, chimies (en volumes), et j'ai fini par trouver qu'il
fallait isoler l'objet de la plaque de cuivre et comme mon vase était trop petit, ils se touchaient, je crois
bien qu'il existe d'autres raisons, nous les trouverons petit à petit. Ma pile m'est une grande distraction,
elle m'apparaît même dans mes rêves !
[2 v°] Aujourd'hui j'ai eu la visite de B. Cally (Blanche Cally, ancienne compagne de Céline à l’Abbaye).
Pense qu'elle est restée 1 h 1/2 à me tenir conversation sans travailler, nous l'avions reçue dans le petit
salon parce que ma Tante préférait la tranquillité. J'avais beau lui dire que ma Tante était souffrante elle
ne s'en allait pas, juge si j'étais à mon aise. Enfin comme pour tout ce qui est ici-bas, sa visite a eu une fin.
Elle nous a appris que Mlle Marguerite (autre ancienne de l’Abbaye) était en Amérique mais qu'elle allait
revenir parce qu'elle avait le mal du pays, ns savons encore plusieurs autres nouvelles sans intérêt. Je vois
qu'il me faut ne pas te les nommer, car j'ai été trop bavarde et mes 4 pages sont remplies. Hélas ! je ne t'ai
guère distraite ! Mais je t'ai redit que je t'aimais et c'est encore cela qui fait le plus de bien à l'âme.
Ma Tante, mon oncle, Léonie, Marie se joignent à moi pour t'embrasser bien fort ainsi que Francis.
Ta petite sœur
Céline.
[2 v° tv] Nous te souhaitons bien du courage pour recevoir la traditionnelle médecine. Quelle visite !

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