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De sœur Geneviève au Fr. Siméon. 10 octobre 1897.

 

De sœur Geneviève au Fr. Siméon. 10 octobre 1897.

 
+Jésus                               J.M.J.T.                                                                
10 Octobre 1897
Monsieur le Directeur,                                                                                          

        Le sacrifice est consommé! Ah! vous comprenez quel deuil afflige mon cœur. C'est le 30 Septembre à 7 h. du soir que ma chère petite sœur rendait sa belle âme au Seigneur. Après une maladie des plus cruelles et une agonie de deux jours. Abandonnée du bon Dieu, souffrant comme Notre Seigneur sur la Croix, et du corps et de l'âme, ce qui a fait dire à une de nos bonnes [lv°] Anciennes qui déjà a vu mourir bien des Carmélites que ma chère petite Thérèse est morte en victime. Oh! oui, elle est morte en Victime, Victime de l'Amour Et elle n'aurait pas voulu moins souffrir. Le Docteur disait qu'il ne savait pas comment elle vivait, que c'était surnaturel. Et notre chère petite Ange disait à notre Mère : « Ce qui m'explique de tant souffrir, c'est le désir que y ai toujours eu de souffrir et de sauver des âmes... »

           Elle a eu sa connaissance jusqu'à la fin, malgré ses cruelles souffrances elle nous souriait, mais son dernier regard et son dernier [2r°] sourire a été pour la Ste Vierge. Avant de rendre le dernier soupir elle semblait en extase. Les sœurs croient qu'elle a entrevu alors un petit coin du Paradis - Le bruit de sa mort s'est vivement répandu, l'affluence de monde venu la voir les trois jours où elle a été exposée, a été considérable. On ne pourrait dire le nombre de chapelets, de croix, de statues, de bagues, alliances, chaînes de cou, objets, bijoux de toutes sortes, fleurs que nous lui avons fait toucher. Elle passait pour une sainte. Plusieurs saints prêtres nous ont avoué l'avoir déjà invoquée. Ses membres, ses mains, les plus petites jointures de ses doigts [2v°] de pieds sont restées souples.

Très cher Frère, pardonnez-moi tous ces détails, je vous les donne et je passe sous silence mes sentiments intimes, pensant que vous devinez ceux-ci et que le récit de ceux-là vous intéresse. J'ai beaucoup pleuré, beaucoup souffert... et cependant je la sens tout près de moi, oui, ma Thérèse ne m'a pas quittée. La grâce de force qu'elle m'avait promise est surabondante. Les sœurs signalent des grâces intérieures et aussi de petits prodiges.

       Très Cher Frère, veuillez néanmoins prier pour nous, car l'épreuve ne laisse pas d'être très dure, notre Révérende Mère est toujours bien affligée aussi. Elle me charge de vous offrir son religieux souvenir, et moi, Très Cher Frère, je me dis toujours votre [2v°tv] petite amie respectueuse.

Sr Geneviève de Ste Thérèse
r.c.i.

[lv°tv] Je ne vous demande pas de prier pour elle, pensant que vous ne l'oublierez [2r°tv] pas. Elle nous avait demandé de lui faire beaucoup de cadeaux afin de pouvoir faire des heureux quand elle serait au Ciel.

 

 

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