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De sœur Geneviève au frère Siméon. 11 Février 1897.

 

De sœur Geneviève au frère Siméon. 11 Février 1897.

 

J.M.J.T.                                                                Carmel de Lisieux

le 11 Février 1897

 

     Monsieur le Directeur,

     Comme je l'avais promis, j'arrive bien vite vous donner des nouvelles de la belle fête à laquelle vous avez contribué dans une si large part. Avant d'entrer dans le détail, je tiens à vous remercier encore de cette délicate et toute paternelle attention qui vous a fait demander la bénédiction aposto­lique pour notre Mère, les religieuses du couvent et les personnes assistant à la fête. Cette précieuse faveur a été annoncée du haut de la chaire, l'assistance était nombreuse, oh! quel plaisir vous nous avez fait! Cer­tainement vous ne le saurez qu'au Ciel...

       Notre jubilaire était rayonnante et toute rajeunie. La cérémonie a été bien touchante. Après la rénovation de ses vœux, le Célébrant a [lv°] béni le bâton fleuri et la couronne de roses. Puis toutes les personnes ont été admises à la voir, toute la journée elle a reçu au parloir les amis du Carmel, le voile levé. Depuis cinquante ans qu'elle n'avait vu et été vue! (on appliquait alors strictement les Constitutions de sainte Thérèse d'Avila : double grille au chœur et au parloir; voiles noirs aux grilles, tirés seulement (au parloir) pour les parents et frères et sœurs. Les exceptions étaient rarissimes, à partir de la profession).

     Aussi que d'exclamations, que de connaissances et de reconnaissances! - A l'intérieur du monastère, c'était ravissant; nos cloîtres étaient pavoisés; les aumônes avaient procuré aux pauvres Carmélites « un grand dîner » (maigre)! Ah! que cela m'a semblé étrange de me retrouver à si bonne table! tout cela était oublié sans regret Vive les dîners de pommes de terre! c'est assez bon pour l'exil; notre salle de récréation était ornée d'un trône dressé par les soins des novices. Là s'étalaient des tables chargées de cadeaux. Nos Carmels de France avaient répondu par un charmant et délicat souvenir. Que de prières faites en ce jour pour notre chère Jubi­laire! Elle a tout offert à Notre-Seigneur pour l'Eglise et la France...

     Le soir les novices ont joué une petite [2r°] pièce composée par ma Sr Thérèse de l'Enfant-Jésus; c'était : l'entrée de St Stanislas dans la Compa­gnie de Jésus. - Enfin la journée a été sans nuage; mais certainement le plus beau cadeau était celui du Cher et Vénéré Frère Siméon... la belle photographie du Souverain Pontife encadrée trônait à la place d'honneur. Ma Sœur St Stanislas est ravie, elle ne sait comment exprimer sa re­connaissance et moi je n'ose pas trop essayer... Mais,Très Cher Frère, vous comprenez, n'est-ce pas, toute notre gratitude. Vous devinez ce qu'il nous est impossible de vous dire?...

     Une de nos sœurs a eu la délicate pensée d'offrir à notre aimable doyenne une photographie peinte de la Vierge-Mère accompagnée d'une poésie sur le même sujet. Cette photographie est la reproduction d'un tableau à l'huile composé par moi, cette œuvre qui m'est la plus chère a été plus encore celle de mon cœur que de mon pinceau; la poésie est la première que ma Sr Th. de l'Enfant-Jésus ait composée (PN 1), nous étions inspirées [2v°] ensemble... Cette image est donc la reproduction de l'œuvre de vos deux enfants... Ma Sœur St Stanislas est bien heureuse de vous l'offrir surtout à ce titre. Ce modeste souvenir vous dira toute sa re­connaissance.

           Notre Mère ne se souvenant pas d'avoir envoyé la circulaire de notre vénérée Mère Geneviève fondatrice de notre Carmel, dont j'ai l'honneur de porter le nom glorieux, elle en joint un exemplaire dans mon petit envoi. C'est une nouvelle édition20.

     Très Cher Frère, dans le paquet vous trouverez aussi la copie de quelques poésies de ma Sœur Th. de l'Enf.-Jésus. J'ai indiqué les airs parce que sur la quantité il peut s'en trouver de connus et c'est plus joli chanté. Je crois que j'ai recueilli sinon les plus beaux, du moins les plus typiques. Le roi restera toujours : « Vivre d'Amour ». - Elle en fait à la prière des sœurs suivant leur dévotion, elle fait des pièces et tout a un cachet spécial.

         Très Cher et Vénéré Frère, pardon de cette trop longue lettre et Merci encore, au nom de notre Mère et de toute la Communauté... Mer­ci!...

           Votre toute petite Carmélite bien respectueuse et reconnaissante et qui ne vous oubliera jamais.

Geneviève de Ste Thérèse
(rel. carm. ind.)

[2v°tv] Oh! que je voudrais posséder votre photographie! je serais si heureuse et si fière de vous faire connaître à la communauté !

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