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De sœur Geneviève au frère Siméon. 7 juillet 1897.

 

Monsieur le Directeur,

C'est l'âme déchirée que je vous écris ces quelques lignes, notre chère petite sœur Thérèse de l'Enfant Jésus est mourante. Son âme ne tient déjà plus à la terre, elle s'en va doucement, joyeusement dans la patrie. Sa maladie c'est l'amour... Elle n'en a point d'autre que Mourir d'Amour comme elle l'avait tant désiré. Quelques petites congestions dans le poumon droit ont formé lésion, mais cependant pas assez grave pour que le docteur n'ait eu espoir de la guérir si la faiblesse n'était venue changer la situa­tion. Son corps suit son âme... Elle ne peut plus respirer l'air de cette terre ni prendre aucun des aliments qui soutiennent notre pauvre vie.

Très cher Frère, pardonnez-moi si je ne vous dis pas autre chose, le bon Dieu m'accorde la grâce de ne point pleurer, mais mon âme est brisée... C'est elle que j'aimais, elle qui m'aimait !...

Si cela se pouvait nous serions bien heureuses d'avoir la béné­diction du Saint Père ; puisqu'il l'a bénie au matin de sa vie il est juste qu'il vienne encore, car voici le soir. Je crois bien que c'est une idée qui ne pourrait se réaliser, mais ne pourrait-on pas rappeler au Saint Père cette petite Française de 15 ans, faisant partie en 1887 du pèlerinage de Coutances et Bayeux, un des premiers en l'honneur du jubilé Pontifical. Peut-être se souviendrait-il de sa demande d'entrer au Carmel à 15 ans et de sa paternelle et presque affirmative réponse.

Très cher et Vénéré Frère, pardon mille fois et merci... De là-haut, ma chère petite Thérèse se souviendra du Frère Siméon et elle lui obtiendra à son tour de douces bénédictions.

Notre Mère se recommande à vos prières ainsi que la Commu­nauté si affligée, elle vous remercie des derniers envois qui nous ont fait beaucoup de plaisir.

Et moi, très Cher Frère, je me dis toujours votre toute petite sœur et amie bien respectueuse.

Geneviève de Ste Thérèse r.c.i.

Le bon Dieu m'accorde la douce consolation d'être son infir­mière.

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