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De sœur Geneviève à Mme La Néele. 8 août 1897.

 

8 Août 1897

Ma chère petite Jeanne,

Combien je te remercie d'abord de ta gentille petite lettre qui m'a fait tant de plaisir, ensuite du beau cadeau que tu m'as envoyé. C'est vraiment trop beau, tu aurais dû attendre pour une pareille surprise la fête de notre petit Benjamin qui est dans quelques jours2. Jamais nous n'avions mangé de si bons canta­loups et jamais nous n'en avions eu une si belle part. Je t'assure que tu nous as fait beaucoup de plaisir. Et ce bon Francis qui est de moitié dans tes souhaits de fête, dis-lui combien je le remer­cie et comme devant le bon Dieu je vous souhaite vos fêtes et anniversaires à tous les deux.

Notre chère petite malade n'est pas pire, elle n'a pas craché le sang depuis quatre jours, mais ce qui est effrayant c'est son extrême faiblesse qui gagne tous les jours et sa maigreur qui fait de grands progrès. L'oppression est aussi ce qui la fatigue le plus ; on voit bien que sa pauvre petite vie s'en va. Ah ! la vie n'est pas gaie, que d'heures de tristesse et d'angoisse viennent passer sur notre pauvre cœur ! Si j'étais aussi parfaite qu'elle je m'afflige­rais moins. Elle me disait l'autre jour : « Pourquoi avez-vous tant de peine que je m'en aille ? alors moi je devrais en avoir beau­coup de vous quitter ; si je pensais vous quitter j'en aurais, mais puisque je vous dis que je serai plus près de vous sans mon corps qu'avec mon corps. » Il est vrai qu'il y a des choses bien mystérieuses et sans que nous nous en doutions, nous sommes tout près et avons beaucoup de rapports avec le monde des esprits. Ah ! quand est-ce donc que notre enveloppe mortelle se brisera aussi ! Vienne le jour où nous serons tous réunis dans la Patrie !

Si notre petite sainte m'entendait elle me gronderait, elle qui a tant aimé la croix, la souffrance et l'épreuve ; aussi je vais me taire et te demander de beaucoup prier la Ste Vierge à Lourdes d'abord pour notre Ange, ensuite pour nous. Francis serait bien aimable s'il voulait nous rapporter de l'eau de Lourdes, notre petite malade en boit et nous la payons très cher (1 f la bou­teille) soit que nous nous adressions au Carmel ou au dépôt. Mon oncle a dit que c'était difficile ne pouvant emporter de baga­ges, moi je compte sur Francis qui n'est jamais embarrassé de rien... Peut-être de l'eau que vous puiseriez vous-mêmes, soit en bouteilles soit dans un bidon pourrait-elle vous suivre en petite vitesse.

Merci d'avance, mon cher Francis et ma chère Jeanne, merci mille fois de tout. Notre Mère vous remercie aussi; la petite sœur Marie de l'Eucharistie vous embrasse bien fort (elle a été bien heureuse des cantaloups), la petite malade vous aime de tout son cœur, toutes vos petites sœurs vous sont bien unies en parti­culier celle qui est particulièrement ta sœur et ton amie,

Sr Geneviève de Ste Thérèse r.c.i.

Tout ce que tu as fait pour Léonie est très bien, elle t'aime beaucoup.

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